Plan St-Laurent - Pour un développement durable


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Comité de concertation Intégrité écologique Des outils de décision pour le public

Une MRC veut adopter un schéma d’aménagement pour préserver les milieux humides les plus riches de son territoire. Une municipalité doit renouveler son système de traitement d’eau. Un organisme environnemental s’apprête à restaurer des berges perturbées dans sa région.

Grâce au Comité de concertation Intégrité écologique du Plan Saint-Laurent pour un développement durable (PSL), ces organismes auront accès à des outils qui les aideront à prendre des décisions éclairées dans leurs projets et à poser des gestes bénéfiques pour la santé du Saint-Laurent. Parmi ces outils, citons notamment un plan de conservation pour une espèce en péril qui vit dans les milieux humides, un rapport vulgarisé sur les effets de certaines substances dans les eaux usées urbaines ou encore un atlas de restauration de rives.

Petit Blongio - Espèce menacée

Photo : Brian E. Small

Certains de ces outils sont déjà accessibles au public, et le Comité de concertation en livrera d’autres d’ici la fin de la présente phase du PSL, en 2010. En outre, le Comité produira beaucoup de connaissances nouvelles pour aider à mieux comprendre le fonctionnement de ce vaste écosystème que constitue le Saint-Laurent.

« Le défi est de taille, fait valoir la coprésidente fédérale du Comité, Patricia Houle, d’Environnement Canada. Notre comité regroupe 22 membres de 9 organisations gouvernementales (provinciales et fédérales) et privées responsables de 115 projets scientifiques liés à l’intégrité écologique du fleuve. C’est donc une somme colossale d’information que nous avons à livrer. » Mais à mesure qu’elle est produite, cette science ne se présente pas immédiatement comme un tout facilement compréhensible pour les nombreuses organisations qui ont à prendre des décisions susceptibles d’avoir des répercussions sur le fleuve. « Il nous faut l’interpréter et la transformer en outils de décision à la fois pour les décideurs, les usagers du Saint‑Laurent et le public en général. »

Les projets (études, suivis, inventaires…) sont menés dans plusieurs ministères ainsi que par des ONG. Ils touchent aussi bien à des espèces vivantes et à leurs habitats qu’aux interactions entre tous les éléments de cette biodiversité, de même qu’aux effets sur l’écosystème de phénomènes comme les changements climatiques, l’introduction d’espèces exotiques ou les rejets urbains. Le Saint-Laurent constitue en effet un ensemble vivant dont l’état de santé est influencé par de nombreuses variables en interaction. C’est la qualité nécessaire au fonctionnement de cet ensemble, pour que celui-ci puisse se maintenir et évoluer de façon dynamique dans toute sa biodiversité et ses interactions, qui définit l’intégrité écologique du fleuve.

Bernache du Canada

Photo : Jean Rodrigue, Environnement Canada

Le Comité, mis sur pied en 2006, a défini six grands résultats à atteindre pour favoriser cette intégrité écologique :

  • identifier et évaluer des espèces sauvages potentiellement en difficulté ainsi que des habitats prioritaires;
  • élaborer et mettre en œuvre des plans de conservation;
  • mettre en œuvre des actions de rétablissement d’espèces en péril;
  • évaluer, consolider ou améliorer le réseau d’aires et de territoires protégés;
  • acquérir, intégrer et partager de nouvelles connaissances sur la biodiversité du fleuve;
  • étudier les effets des stress que subit l’écosystème.

Chacun des 115 projets de même que les outils connexes ont été rattachés à l’un ou l’autre des résultats recherchés. Par exemple, on a lié un plan de gestion intégrée de la grande oie des neiges (Plan d’action 2005-2010) diffusé l’hiver dernier au résultat sur les espèces sauvages potentiellement en difficulté. Deux projets de création de zones de protection marine dans l’estuaire et le secteur de Manicouagan seront par ailleurs réalisés en lien avec le résultat sur les aires et territoires protégés, alors que la publication récente d’une florule de plantes de la baie des Chaleurs‑Ristigouche est rattachée au résultat relatif à l’acquisition de nouvelles connaissances sur la biodiversité du Saint-Laurent.

Aller plus loin

Les 115 projets existeraient sans doute même s’il n’y avait pas de comité de concertation, convient Patricia Houle. Les connaissances qui en découlent aussi. « Mais elles seraient morcelées et resteraient éparpillées chacune dans son ministère. »

Elles seraient également moins complètes, est convaincu Bernard Bergeron, du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), coprésident du Comité pour le Québec. « Le fait de regrouper plusieurs projets sous un même chapeau permet des échanges de connaissances, mais aussi un partage des ressources, à la fois humaines, physiques et financières, entre les divers projets », explique-t-il.

Par exemple, des biologistes du fédéral peuvent travailler à un inventaire floristique ou à un suivi de population avec des collègues de ministères du Québec aussi bien qu’avec des membres d’ONG comme Canards Illimités ou Conservation de la nature Canada. Ils peuvent aussi récolter des données pour le projet d’un autre ministère. Un groupe de recherche qui possède une embarcation au lac Saint-Pierre peut faire un échange avec un autre groupe qui, lui, a un bateau au lac Saint-François.

« Toute cette mise en commun permet de faire des bouts de chemin grâce au projet de l’autre pourtant impensables si chacun travaillait seul de son côté », assure M. Bergeron. Il ne faut pas oublier non plus les économies budgétaires ainsi réalisées et les programmes d’action (comme les plans de rétablissement) qui seraient moins performants autrement.

Le coordonnateur du Comité, Daniel Robitaille, d’Environnement Canada, donne l’exemple de l’Atlas de restauration des rives du Saint-Laurent diffusé depuis peu dans Internet. Cet atlas contient 3 000 pages de textes, 1 500 photos et 200 croquis, bref, tout ce qu’il faut savoir pour restaurer des berges perturbées par les activités humaines, à commencer par un inventaire exhaustif des habitats le long du Saint-Laurent. « Ce projet du Service canadien de la faune a été réalisé en collaboration avec une multitude de partenaires qui ont mis leurs ressources en commun pour livrer un produit concret, utilisable par une foule d’intéressés, relate M. Robitaille. Le résultat est dix fois meilleur que si le projet n’avait pas bénéficié de l’apport de plusieurs membres du Comité de concertation. »

Érosion des berges

Photo : Denis Lehoux, Environnement Canada

Il est clair, selon le coordonnateur, que ce comité offre une plus-value intéressante pour plusieurs projets amenés autour de la table. « Beaucoup de gens impliqués sur la scène Saint-Laurent ont appris à se parler et à travailler ensemble au cours des dernières années, à la faveur des premières phases du PSL, dit-il. Notre comité de concertation est d’ailleurs un résultat de cet apprentissage. Maintenant, grâce à lui, tout cela se fait de façon formelle et organisée. »

Pour la suite des choses

Le Comité travaille à rendre son action encore plus efficace. « Gérer de front 115 projets est pratiquement impossible, note M. Robitaille. Aussi, avons-nous convenu d’aborder les choses de façon plus globale. » Plutôt que d’analyser chacun des projets individuellement, le Comité pourrait faire des regroupements en fonction de la contribution de chaque projet à l’atteinte des grands résultats. Ainsi, il pourrait désormais y avoir six mégaprojets correspondant aux six résultats définis, et des composantes ou des sous-projets viendraient s’y greffer. « Cela nous donnerait une meilleure vue d’ensemble », souligne le coordonnateur. Au cours de ses prochaines rencontres, le Comité doit d’ailleurs explorer à fond chacun des résultats définis pour dégager une vision commune des cibles précises à atteindre d’ici 2010.

Des projets pourraient aussi être regroupés selon d’autres critères, géographiques notamment. Par exemple, comme l’a proposé Agriculture et Agroalimentaire Canada au Comité, pourquoi tous les projets menés dans le bassin versant du lac Saint-Pierre ne seraient-ils pas étudiés ensemble, dans un seul superprojet ? « Il en sortirait peut-être une image révélant que nous sommes, sans le savoir, en train de créer un plan de conservation pour l’ensemble de ce territoire », suggère M. Robitaille. Cela serait d’autant plus faisable que plusieurs joueurs mènent des projets au lac Saint-Pierre. 

Chaque partenaire du Comité est donc en train de caractériser ses projets en vue de regroupements qui devraient se faire d’ici la fin de l’année. En attendant, des résultats concrets et des produits tangibles continuent d’émaner des efforts de concertation : une nouvelle aire protégée ici, la restauration d’une rive ailleurs, deux plans de conservation de plantes en péril dans la baie des Chaleurs récemment, bientôt un atlas sur le chevalier cuivré et, plus globalement, l’acquisition de nouvelles connaissances sur une foule de sujets touchant à l’intégrité écologique du fleuve.

Des collaborations élargies

e se limitant pas aux seuls projets de ses membres, le Comité entretient aussi des liens avec les autres tables de concertation du Plan Saint-Laurent (Navigation, Agriculture, etc.). « Nous nous assoyons avec les représentants des autres comités pour comprendre ce qu’ils font et cerner les collaborations possibles », signale Daniel Robitaille, ajoutant à titre d’exemple que l’Atlas de restauration des rives du Saint-Laurent a déjà servi aux membres du Comité de concertation Navigation en rapport avec la vitesse des navires entre Sorel et Montréal. De son côté, Bernard Bergeron souligne l’apport considérable des organismes non gouvernementaux au sein du Comité. « Ils sont directement sur le terrain, dit-il, très engagés dans la sauvegarde des milieux naturels, et ils prennent des mesures tangibles pouvant aller jusqu’à l’achat de terres. Les liens que nous entretenons avons avec eux sont vraiment fructueux. »

Quant à Patricia Houle, elle revient sur la mission « publique » du Comité. « Je pense à ceux (municipalités, industries, groupes environnementaux…) qui pourront utiliser toute la science canalisée par cette table de concertation pour en faire profiter la population québécoise. Leurs décisions et leurs gestes contribueront à assurer que l’écosystème du Saint‑Laurent pourra continuer à fonctionner à perpétuité, par lui-même, dans toute sa biodiversité et malgré les pressions exercées par les activités humaines. Pour moi, c’est ça l’intégrité écologique du Saint-Laurent. »

Pour information :

Daniel Robitaille
Coordonnateur du Comité de concertation Intégrité écologique
Environnement Canada
daniel.robitaille@ec.gc.c


Date de modification : 2008/06/19 – Avis importants