« Voilà 30 ans, nous nous sommes aperçus que nous avions tourné le dos au fleuve. La baignade était devenue marginale, des autoroutes coupaient l’accès aux berges, d’ailleurs souvent occupées par d’immenses réservoirs pétroliers, les quais tombaient en désuétude… Mais aujourd’hui, le Saint-Laurent, nous sommes en train de nous le redonner collectivement. »
Ce constat d’une triste réalité qui s’ouvre finalement sur une perspective heureuse est livré d’une seule voix par Claude Gonthier et François Duchesneau, coprésidents pour le fédéral et pour le Québec du Comité de concertation Accessibilité aux rives, du Plan Saint-Laurent pour un développement durable (PSL).
Le mouvement de réappropriation est bel et bien commencé. La dernière enquête (2002) sur les usages du Saint-Laurent montre en effet que 20 % des riverains profitent des berges pour s’y promener, observer la nature ou se détendre, plus du tiers voudraient s’y baigner, presque le quart y pratiquent la plaisance (embarcations à rames et à moteur), entre 7 et 18 % y pêchent, selon le secteur. Mais dans tous les cas, les usagers parlent d’un manque ou d’une difficulté d’accès, qu’il s’agisse de plages surveillées, de quais, de marinas ou de rampes de mise à l’eau ou encore, dans les villes, de lieux de pêche ou simplement d’endroits pour marcher.
Il faut donc ajouter des accès au fleuve et améliorer ceux qui existent. Or, justement, beaucoup de chemin a été fait en ce sens au cours des dernières années. Le gouvernement fédéral, notamment, a cédé plusieurs de ses quais aux municipalités après en avoir assumé la réfection. Le Québec aussi s’est mis de la partie, en partenariat avec les corporations municipales. Et c’est loin d’être terminé. Plusieurs projets sont en voie de réalisation et bien d’autres seront entrepris d’ici la fin de la présente phase du PSL, en 2010.
Depuis 20 ans, le ministère fédéral des Travaux publics et des Services gouvernementaux a remis en bon état pas moins de 12 quais, 18 brise-lames et rétrocédé une vingtaine de terrains riverains répartis le long du Saint-Laurent. À quelle fin? Les céder pour une somme symbolique, le plus souvent aux municipalités où ils se trouvaient, moyennant que celles-ci les prennent en charge et les entretiennent par la suite. C’est ainsi que les quais de Grande-Rivière, Marsoui, Matane et Berthier-sur-Mer, pour ne nommer que ceux-là, sont devenus des équipements municipaux accessibles à la population et aujourd’hui fort achalandés.
Par ailleurs, quatre autres projets de ce ministère sont en cours de réalisation : deux à Bonaventure dans la baie des Chaleurs, un à Rivière-Madeleine (quai et brise-lames) sur la rive nord de la Gaspésie et un aux Îles-de-la-Madeleine (baie de Plaisance). Ces quatre projets, qui devraient être complétés d’ici le printemps 2008, auront nécessité des investissements de 350 000 $ de la part du Ministère. Il s’agit de quatre terrains et de trois brise-lames qui deviendront des sites récréatifs d’importance, souligne Claude Gonthier.
Pêches et Océans Canada procède également à des réfections et à des rétrocessions de quais, de plus petites dimensions, pour embarcations légères, généralement plus haut sur le Saint-Laurent. Des quatorze projets actuels, qui doivent aussi être achevés en 2008, quatre se déroulent sur le Richelieu et six, en amont de l’île d’Orléans. Les montants engagés par Pêches et Océans sont de 250 000 $.
Quant à l’agence Parcs Canada, elle réalise trois projets sur la rive nord de l’estuaire. Dans ces cas, il ne s’agit pas de rétrocessions, puisque l’agence reste propriétaire des infrastructures. Aux Escoumins, les travaux comprennent la réfection d’un site de plongée, y compris deux salles d’exposition, alors qu’à Port-au-Persil, le projet inclut la réfection d’un quai et l’aménagement d’un sentier d’interprétation. À La Malbaie, il s’agit de la construction du carrefour d'accueil et d'orientation Saint-Fidèle, en bordure de la route 138.
Du côté provincial, c’est surtout le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) qui s’implique, en partenariat avec des corporations municipales. Entre 2004 et 2008, huit projets auront été menés, surtout pour favoriser l’accès à des sites de pêche. Les investissements atteindront plus d’un million de dollars, globalement répartis dans une proportion de 60-40 environ entre le MRNF et les différentes municipalités participantes.
Trois de ces projets sont déjà complétés, soit :
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Construction d’une rampe d’accès et d’un chemin sur la batture de l’Isle-aux-Grues |
Trois autres projets sont en voie de réalisation au lac Saint-Pierre, soit :
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Aménagement d'un stationnement |
Enfin, les deux derniers projets MRNF-municipalités se déroulent à Québec et à Lévis. Du côté nord du fleuve, il s’agit de profiter de la réalisation de la promenade Samuel-De Champlain pour rendre accessibles les infrastructures de l’ancien quai Irving et aménager trois autres accès le long de l’artère, où des inventaires de la faune aquatique ont été réalisés. À Lévis, un projet de plus de 3 millions de dollars, en partenariat avec la Ville, permettrait de réaménager un vieux quai pour favoriser la pêche, à l’anse Davie-Wilson.
Le Comité de concertation Accessibilité aux rives, qui a été mis en place avec le début de la présente phase du Plan Saint-Laurent en 2005, est en train de réaliser une analyse de l’offre et de la demande d’accès au Saint-Laurent qui lui permettra d’établir un bilan et de voir les carences relatives à chaque type d’usage selon les secteurs du fleuve. « Par exemple, explique Claude Gonthier, on connaîtra mieux le manque de lieux de baignade dans les centres urbains comme Québec et Montréal, dans quels secteurs le besoin de quais pour la plaisance est le plus criant, à quels endroits il faudrait davantage de rampes d’accès à l’eau ou l’aménagement de sites de promenade en rive, etc. »
Ce portrait pourrait être disponible dès le début de 2008. Il restera ensuite à le confronter aux besoins exprimés non seulement par les membres du Comité de concertation (ministères fédéraux et provinciaux en plus de quelques groupes environnementaux), mais aussi par l’ensemble des usagers du Saint-Laurent, de façon à déterminer de nouveaux projets à mettre de l’avant.
« Nous voulons entre autres nous asseoir avec les gens du monde municipal (municipalités, MRC, communautés métropolitaines) qui, en général, veulent revenir à leurs rives », souligne François Duchesneau. « Il ne s’agit pas de leur imposer des projets ou de leur dire quoi et comment faire, selon le coprésident pour le Québec, mais de voir avec eux les possibilités qui existent en fonction de leurs besoins, et de réaliser des choses ensemble, comme pour les huit projets mentionnés plus haut. »
« L’intérêt, ajoute Claude Gonthier, est de créer une synergie qui n’existerait pas autrement. À titre d’exemple, dit-il, nous pourrions amener des ministères propriétaires de terrains excédentaires à céder ces lots pour l’aménagement d’accès au fleuve ou, encore, trouver un partenaire pour un projet dans une zone où une lacune aurait été identifiée. »
Une grille d’évaluation pour établir un ordre de priorité doit être complétée à l’automne 2007. On a déjà établi, cependant, que le choix des projets se fera de façon équitable, en tenant compte de tous les types d’usages et de toutes les portions du Saint-Laurent. Les décisions doivent aussi être prises le plus possible en tenant compte des trois aspects du développement durable : environnemental, social et économique. Et le design des aménagements doit toujours être le plus écologique possible. « Les murs de béton qui "encarcanaient" la rivière Saint-Charles à Québec et qu’on est en train de remplacer par des rives naturelles sont un exemple assez éloquent d’un design pas très écologique », cite François Duchesneau.
Y aura-t-il beaucoup de nouveaux accès au fleuve d’ici la fin de la quatrième phase du Plan Saint-Laurent, en 2010?
« Il ne faut pas se leurrer, répond M. Duchesneau. Ce genre de projet impliquant généralement de grosses infrastructures ne se réalise pas en un an ou deux. Il faut parfois compter cinq, six ou même sept ans si des études d’impacts sont nécessaires. »
« D’ici 2010 cependant, complète Claude Gonthier, nous aurons développé un bon cadre de référence, identifié des nouveaux partenaires, multiplié les échanges, élaboré et démarré des projets qui, ultimement, viendront s’ajouter aux équipements en place aujourd’hui. »
« Oui, reprennent en chœur les coprésidents, il y a déjà plus d’accès au Saint-Laurent qu’au moment où le Québec a pris conscience de son éloignement du fleuve, voilà 30 ans. Et il y en aura de plus en plus au cours des décennies à venir! »
Travaux publics et Services gouvernementaux Canada
Claude.gonthier@tpsgc.gc.ca
Ministère des Ressources naturelles et de la faune du Québec
Francois.duchesneau@mrnf.gouv.qc.ca
Date de modification : 2007/09/12 – Avis importants

