Plan St-Laurent - Pour un développement durable


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Politiques agricoles bénéfiques
Du Bras d'Henri au Saint-Laurent

Ce n’est un secret pour personne, les petits cours d’eau en milieu agricole sont loin d’être toujours dans un état de santé idéal. Matières en suspension, azote, phosphore et autres sous-produits de l’agriculture se frayent souvent un chemin jusque dans les ruisseaux qui drainent les terres et, de là, vers les plus gros tributaires, pour finalement aboutir dans le fleuve, altérant au passage la qualité de l’eau de bassins versants complets.

Rivière Bras d'Henri

Rivière Bras d'Henri
Photo : Éric von Bochove, Agriculture et Agroalimentaire Canada

C’est pourquoi de nombreux efforts convergent vers la mise au point de nouvelles pratiques agricoles qui auraient pour effet de réduire les impacts sur les cours d’eau. Bande riveraine, gestion des lisiers, réduction des pesticides, sélection des cultures… on cherche de tous les côtés à la fois.

Le Plan Saint-Laurent pour un développement durable (PSL), par le truchement de son Comité de concertation Agriculture, est très actif sur ce chapitre. Le Comité regroupe une vingtaine de membres venant de ministères du gouvernement du Canada et de celui du Québec, ainsi que d’organismes privés. Comme le notent ses deux coprésidents Yves Lavergne, d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), et Yves Lefebvre, du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP) du Québec, leur comité poursuit deux objectifs bien précis : réduire l’impact des activités agricoles sur des tributaires ou des zones du Saint-Laurent et améliorer les connaissances en vue de la création de nouvelles pratiques de gestion agricole, de même que d’un meilleur suivi de l’état de ces cours d’eau.

Des pratiques sous évaluation

C’est dans le cadre des travaux de ce comité que s’insère le volet québécois d’un vaste projet de recherche dirigé par AAC en vue d’évaluer les bénéfices de certaines pratiques agricoles pour les petits cours d’eau. Intitulé Évaluation des pratiques de gestion bénéfiques à l’échelle des bassins hydrographiques, le projet est mené depuis 2004 dans plusieurs provinces du Canada. Des études antérieures ont déjà démontré l’efficacité de ces pratiques sur des parcelles de terrain. Cette fois, il s’agit d’en établir l’efficacité à l’échelle de microbassins versants, après quoi les résultats pourront être extrapolés à des bassins plus grands. Le projet comporte aussi une évaluation économique des coûts et des avantages de ces pratiques pour les agriculteurs.

Au Québec, selon le responsable du projet le Dr Éric van Bochove, une équipe de chercheurs travaille sur deux microbassins, tributaires de la rivière Bras d’Henri (bassin versant de la Chaudière) et du ruisseau Fourchette (bassin de l’Etchemin), dans Chaudière-Appalaches. Située au sud de Québec, cette région est l’une de celles où l’exploitation agricole (porcine surtout) est la plus intensive. Quatre pratiques de gestion bénéfiques y sont à l’étude : le contrôle des eaux de ruissellement, la réduction de l’utilisation d’herbicides, une meilleure gestion du lisier de porc et la rotation des cultures.

Tournée des microbassins

Le 12 septembre 2007, lors d’une journée venteuse à souhait, une cinquantaine de personnes ont participé à une tournée des deux microbassins pour constater de visu le déroulement des recherches aux divers sites expérimentaux, les travaux exécutés sur le terrain et les résultats obtenus jusque-là. Le groupe était principalement constitué de scientifiques, de techniciens et de gestionnaires du Québec, du Canada et même des États-Unis; il comprenait aussi des acteurs du territoire, notamment des agriculteurs et des représentants de clubs‑conseils en agroenvironnement.

Photo : Georges Thériault, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Photo : Georges Thériault, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Premier constat, se rappelle Yves Lefebvre, qui a lui-même pris part à la tournée : « L’événement a démontré la position de leadership du Québec dans ces recherches. Cela fait plusieurs années que nous travaillons sur la qualité des cours d’eau de cette région », explique-t-il, « nous » étant en particulier le MDDEP, AAC et l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement, l’IRDA, fondé en 1998 par trois ministères du Québec et l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA). À titre d’exemple, des mesures hydrométriques du bassin versant du Bras d’Henri sont disponibles depuis 1972!

Deuxième constat : si certains résultats sont rapidement visibles, par exemple l’incidence de la consolidation d’un talus sur le transport des sédiments, d’autres ne seront connus qu’après quelques années d’interprétation des données récoltées sur le terrain. « On peut voir qu’il y a des résultats différents entre une station témoin où aucun aménagement n’a été effectué et une autre où l’on a modifié une pratique agricole, mais il n’est pas toujours facile d’attribuer ces différences à une variable particulière de l’intervention », indique Yves Lavergne. Il s’agit selon ce dernier d’une interprétation complexe de paramètres difficiles à contrôler parfaitement lorsqu’on travaille en nature. 

Dans le cas du phosphore et des matières en suspension, il semble bel et bien y avoir amélioration depuis la modification de certaines pratiques, note Yves Lefebvre du MDDEP. En revanche, pour l’azote, c’est plus compliqué : « On évalue plusieurs paramètres, et certains n’évoluent pas dans le sens attendu, de sorte qu’il n’est pas possible de faire un diagnostic global. Ce sont des phénomènes très difficiles à suivre. »

D’où le budget important et les efforts énormes de recherche alloués à ce projet qui, au Québec, occupe une vingtaine de personnes de différents ministères et organismes. Même si le projet prend fin en 2008, il faudra plusieurs années avant que tous ses résultats se traduisent par une généralisation de nouvelles pratiques plus respectueuses de l’environnement chez les agriculteurs, selon M. Lavergne.

Échantillonnage

Photo : Lucy Clearwater, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Chose certaine, de nouvelles normes non réglementaires seront proposées d’ici peu, comme ont pu le vérifier les participants à la tournée lors de leur arrêt à la station du programme INENA (Initiative nationale d’élaboration de normes agroenvironnementales) de la rivière Bras d’Henri. Ce programme d’Environnement Canada est mené en partenariat avec le projet d’évaluation des pratiques de gestion bénéfiques. À partir d’analyses d’échantillons de terrain et de la sélection d’indicateurs fiables, l’INENA permettra d’établir des normes non réglementaires pancanadiennes de qualité de l’eau  pour les paramètres conventionnels, les organismes pathogènes et des pesticides. Les membres de la tournée ont pu observer les installations où des échantillons sont prélevés aux deux semaines depuis 2005 avant d’être acheminés aux quatre laboratoires participants.   

Une quinzaine de projets

Le Comité de concertation Agriculture du PSL ne limite pas son champ d’action aux seuls bassins versants Bras d’Henri-Fourchette, loin de là! Une quinzaine de projets qui se déroulent partout dans la vallée du Saint-Laurent se font sous sa gouverne. Il peut s’agir de mettre au point un indicateur d’état de santé des petits cours d’eau basé sur les invertébrés benthiques, de concevoir un modèle d’aménagement de cours d’eau en milieu agricole, de mesurer l’impact de pesticides sur la qualité de l’eau à l’embouchure d’une rivière comme la Yamaska ou encore d’établir un diagnostic et d’assurer un suivi de la qualité de l’eau d’un tributaire agricole qui se déverse dans une baie du lac Saint-Pierre particulièrement riche en biodiversité (baie de Lavallière).

Le Comité soutient aussi des projets plus généraux, comme la réflexion d’un groupe du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, qui a récemment produit deux documents, soit le portrait et le plan d’action d’une « démarche vers une gestion intégrée des ressources en milieu agricole ». L’accent y est mis sur la conservationet la restauration des habitats fauniques.

La plupart des projets dont s’occupe le Comité se font avec la participation de plusieurs partenaires et comportent plus d’un volet. Par exemple, la portion québécoise du projet d’AAC sur l’évaluation des pratiques de gestion bénéfiques s’inscrit dans un programme beaucoup plus vaste qui comporte sept volets traitant des interactions et des impacts des pratiques agricoles sur l’environnement.

Agriculture et PSL

Pourquoi la dimension agricole a-t-elle été intégrée dans le PSL ?

Après s’être attaqué à la pollution industrielle dans sa première phase (1988‑1993), on a adopté, dans le cadre du PSL, une approche écosystémique, moins ponctuelle, où le travail devait se faire à l’échelle des bassins versants. « On reconnaissait ainsi l’importance des tributaires, qui nuisent à la qualité du Saint-Laurent, mentionne Yves Lavergne. Forcément, l’agriculture était concernée. Il devenait alors logique d’instituer, au sein du PSL, un comité de concertation qui ciblerait les usages du Saint‑Laurent menacés par les activités agricoles. »

Il y avait déjà beaucoup d’initiatives individuelles visant les impacts de l’agriculture sur les cours d’eau dans différents ministères et au sein d’organismes privés, se souvient le coprésident provincial Yves Lefebvre. « Cependant, la création de ce comité de concertation a eu un effet rassembleur qui suscite des échanges entre tous les acteurs, favorise les multipartenariats et donne naissance à des réseaux de collaboration. »

Il est ainsi devenu possible d’aller plus loin que ce qu’auraient permis les initiatives individuelles chacune de leur côté, ajoute le coprésident fédéral. « Quand on collectivise les budgets, dit-il, on peut faire plus de chemin. »

Et lorsque ce chemin aboutit au Saint-Laurent, ce ne peut être qu’à l’avantage de ce grand écosystème!

Pour information :

Yves Lavergne
Coprésident pour le Canada
Comité de concertation Agriculture
Agriculture et Agroalimentaire Canada
Courriel : lavergney@agr.gc.ca

Yves Lefebvre
Coprésident pour le Québec
Comité de concertation Agriculture
Ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs
Courriel : yves.lefebvre@mddep.gouv.qc.ca


Date de modification : 2007/11/29 – Avis importants