Plan St-Laurent - Pour un développement durable


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Conserver tout le patrimoine naturel de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain

Écorégion de la vallée du Saint-Laurent Cliquer pour voir la carte agrandie

Accorder un statut de conservation à quelque cinq cents sites naturels et protéger ainsi pour toujours l’entière diversité des plantes, des animaux et des écosystèmes qu’on trouve dans la région la plus écologiquement riche du Québec. Tel est l’objectif ambitieux du Plan de conservation de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain que rendra public, au printemps 2008, l’organisme Conservation de la nature Canada (CNC), région du Québec, un des partenaires du Plan Saint-Laurent pour un développement durable (PSL). L’objectif apparaît d’autant plus audacieux que cette « écorégion » coïncide avec la partie la plus habitée du Québec, que les terres privées y constituent l’essentiel du territoire, qu’on y trouve la forêt la plus morcelée et que la biodiversité y est la plus menacée.

« C’est faisable », n’en assure pas moins Louise Gratton, directrice des sciences et de la gestion des milieux naturels pour CNC et membre du Comité de concertation Intégrité écologique du PSL. L’un des objectifs de ce comité est justement de favoriser l’élaboration et la mise en œuvre de plans de conservation du Saint-Laurent portant sur les rives, le littoral, les plaines inondables, les terres humides et les habitats aquatiques.

Pour réaliser le Plan de conservation de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain, dont elle est la principale artisane, Mme Gratton table sur l’expertise acquise par CNC dans la protection de terres en milieu privé, de même que sur la panoplie d’outils de conservation (acquisition, donation, servitude, etc.) que l’organisme a mis au point au fil du temps. « Mais il est clair que nous ne pourrons pas être les porteurs de ballon pour tous les projets de conservation qui seront réalisés dans le cadre de ce plan, ajoute-t-elle. D’autres organismes devront prendre le relais, et plusieurs partenaires auront à s’engager. »

Certains le font d’ailleurs, financièrement, depuis le début de la préparation du plan, le plus gros du travail ayant été effectué entre 2003 et 2006. Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune ainsi que quatre fondations privées ont en effet apporté leur soutien à l’organisme. Il convient de souligner également la contribution de l’organisme The Nature Conservancy des États-Unis.

Toute la biodiversité

Au départ, il s’agissait de faire l'inventaire de toute la biodiversité que recèle ce grand territoire, qui va de la frontière ontarienne à l’estuaire d’eau douce du Saint-Laurent. Il fallait ensuite cibler des espèces et des communautés rares de même que des forêts et des milieux humides représentant cette variété au complet. Une analyse de chacun des éléments devait enfin permettre de retenir toute une gamme de sites, le but ultime étant de compléter le réseau actuel d’aires protégées (2,5 % du territoire) et d’assurer ainsi le maintien à perpétuité de l’ensemble de la biodiversité de la région.

L’inventaire a été effectué à partir de données existantes : cartes écoforestières, liste des écosystèmes forestiers exceptionnels, atlas des milieux humides, listes d’espèces en situation précaire, etc. « Avec toute cette information, nous avons été en mesure de cibler au-delà de 3 000 parcelles de forêt de plus de 40 ha représentant les 122 types de forêt qui croissent sur le territoire, raconte Louise Gratton. Nous avons aussi pointé près de 2 000 milieux humides de plus de 5 ha appartenant aux huit types de milieux humides de la région (marais, marécages, tourbières…). » Ont également été ciblés près de 300 écosystèmes forestiers exceptionnels ainsi que 45 animaux vertébrés, 75 plantes vasculaires et 21 alvars. Les alvars sont des affleurements rocheux de calcaire ou de marbre qui hébergent une multitude de plantes rares, et ils se trouvent le long de la rivière des Outaouais.

Pour être sûrs de n’oublier aucune composante de la biodiversité régionale, les auteurs du plan ont utilisé une méthode (l’approche du filtre grossier et du filtre fin) mise au point par The Nature Conservancy aux États-Unis voilà une quinzaine d’années. Une première analyse cible d’abord les milieux à conserver représentatifs de la diversité régionale, y compris les éléments plus communs (filtre grossier). Puis, dans une deuxième étape, on recherche toutes les espèces rares ou menacées ainsi que les communautés végétales et les écosystèmes rares de la région qui n’ont pas été capturés à l’étape précédente (filtre fin).

Ce deuxième niveau de recherche permet d’inclure des éléments qu’on ne trouverait pas dans les seules forêts de plus de 40 ha et les milieux humides de plus de 5 ha. Citons, par exemple, la pie‑grièche migratrice, un oiseau en voie d’extinction dans toute son aire de répartition, qui ne fréquente ni les forêts ni les milieux humides, mais les champs en friche pourvus de buissons épineux. Nous pensons aussi au chevalier cuivré, un poisson menacé de disparition qui ne vit et ne se reproduit nulle part ailleurs au monde que dans le Richelieu et fréquente le fleuve Saint‑Laurent. Il y a également la rainette faux-grillon de l’Ouest, une minuscule grenouille considérée comme vulnérable au Québec, qu’on trouve principalement dans des mares en plein Longueuil et des fossés agricoles en Outaouais.

Pie-grièche migratrice

Pie-grièche migratrice

C’est donc ainsi que, après analyse, CNC a pu retenir près de cinq cents sites « qui, s’ils étaient protégés ou gérés à des fins de conservation, permettraient d’assurer la survie à long terme de populations viables d’espèces indigènes jugées prioritaires et le maintien de tous les types de communautés naturelles représentées dans la région ». Les trois principaux critères de sélection des sites étaient les suivants : 1) la présence d’espèces ou d’écosystèmes en situation précaire; 2) la proximité d’une aire protégée, ce qui augmente les chances de succès de la conservation; 3) enfin, le degré de fragmentation du site et du contexte environnant, la viabilité à long terme des sites et des espèces étant meilleure dans les milieux les moins fragmentés.

Des sites prioritaires

Pour valider certains éléments d’information recueillis sur les cartes et dans les bases de données, CNC a organisé six ateliers en région avec des groupes locaux et des représentants des ministères,  ce qui lui a permis de bénéficier de la connaissance intime qu’ont ces derniers du territoire.

Cet exercice a permis d’accoler une étiquette « prioritaire » à plusieurs des cinq cents sites retenus. Toutes les collines montérégiennes situées dans la vallée du Saint-Laurent, sauf le mont Royal, ont eu droit à cette étiquette. « Le mont Saint-Bruno est déjà protégé par un parc provincial, remarque Mme Gratton, mais des terrains adjacents au parc, propriété du ministère de la Défense nationale, pourraient jouir d’un statut qui, à long terme, garantisse leur conservation. »

Les terres noires du lac Champlain ont également reçu une cote de priorité, en particulier six sites qui forment un complexe de tourbières et de milieux humides sur tourbe autour de la baie Missisquoi. Autre site prioritaire : la forêt de la seigneurie de Lotbinière, l’une des plus grandes forêts continues de la vallée du Saint-Laurent, de tenure publique par surcroît, et dont la conversion à un autre usage que forestier serait une perte nette pour la conservation de la biodiversité régionale.

Toutes les îles de l’archipel de Montmagny font aussi partie des sites prioritaires à cause, entre autres choses, de la présence, dans les marais intertidaux, de plusieurs plantes exclusives à cette portion du Saint-Laurent (endémiques), comme la gentiane de Victorin et la cicutaire maculée variété de Victorin, deux espèces menacées. L’île aux Grues constitue par ailleurs un site important de nidification du râle jaune, un oiseau qui fait partie de la liste des espèces susceptibles d’être désignées menacées ou vulnérables au Québec

La suite

L’identification de tous ces sites et la publication du plan de conservation ne constituent qu’une première étape dans la démarche de l’organisme pour assurer la protection de tout le patrimoine naturel de la vallée du Saint-Laurent. Il reste encore à proposer des stratégies de conservation pour chaque site, à mettre en marche les projets avec divers partenaires et à négocier l’acquisition des terres avec les propriétaires. Tout cela pourrait se faire dans un horizon de cinq à dix ans, estime Louise Gratton, qui pense même à la possibilité de restaurer des sites, à long terme. « Chose certaine, dit-elle, les premières stratégies sont pour bientôt. »

Un projet pilote se déroule déjà dans l’estuaire, où un comité formé de scientifiques et de représentants de divers organismes et ministères s’est mis en mode « opération », avec des objectifs réalistes pour la création de plusieurs aires protégées. Cette portion de la vallée du Saint-Laurent, où 42 sites ont été retenus au départ, pourrait devenir l’une des six aires naturelles prioritaires de l’écorégion que CNC est en train de définir pour réaliser plusieurs projets. 

Dès l’automne 2008, le comité devrait être en mesure de divulguer ses premières réalisations, de façon à en faire bénéficier d’autres acteurs intéressés à participer à la mise en œuvre du plan ailleurs dans la région.

Les participants aux six ateliers régionaux tenus lors de la confection du plan se rencontreront eux aussi à l’automne de 2008, puis aux deux ans par la suite, pour évaluer les progrès faits en conservation dans leur secteur respectif. C’est à leur demande que ces suivis seront faits, précise Louise Gratton : « Par leur participation à ce projet, ils ont pris conscience de l’importance de ce qu’ils peuvent faire à l’échelle de leur petit territoire, dans l’enjeu global de la conservation. »

Et cela n’aura été qu’une des nombreuses retombées du Plan de conservation de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain, parmi lesquelles il faut compter, au premier chef, une meilleure connaissance du patrimoine naturel et des priorités de conservation dans l’une des vingt écorégions les plus riches en biodiversité d’Amérique du Nord.

Les Appalaches (écorégion qui chevauche le nord-est des États-Unis, les provinces atlantiques et le Québec) ont aussi leur plan de conservation depuis 2006, et les Laurentides méridionales auront le leur en 2009.

Pour information :

Louise Gratton, directrice des sciences et de la gestion
Conservation de la nature Canada, région du Québec
Tél. : 514-876-1606 ou 1 877-876-5444 (sans frais)
Courriel : louise.gratton@conservationdelanature.ca

 

La vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain

L’écorégion de la vallée du Saint-Laurent et du lac Champlain correspond en gros aux basses terres du Saint-Laurent. Elle englobe une grande partie de la vallée de l’Outaouais, la portion québécoise du lac Champlain et toute la vallée du Saint-Laurent, depuis le lac Saint-François en amont de Montréal jusqu’à l’estuaire moyen, y compris l’archipel de Montmagny.

Carte

 

Conservation de la nature Canada

La Société canadienne pour la conservation de la nature, aujourd’hui appelée Conservation de nature du Canada (CNC), est un organisme privé sans but lucratif qui, depuis 1962, œuvre à la protection de la biodiversité en acquérant des terres de grande valeur écologique, par achat et donation, ou en négociant des ententes de conservation perpétuelles (servitudes) avec les propriétaires. L’organisme gère lui-même ces sites.

Au Québec, CNC possède plus de 160 propriétés réparties en une cinquantaine d’aires naturelles qui occupent près de 14 000 ha.


Date de modification : 2008/06/19 – Avis importants