La
contribution du Plan d'action Saint-Laurent Vision 2000
|
Le Fleuve termine ce mois-ci sa série d’articles sur les résultats les plus tangibles obtenus depuis 1998 et les perspectives d’avenir des divers domaines d’intervention. Nous avons rencontré les coprésidents du Comité d’intervention Industriel et urbain, M. Francis Flynn, du ministère de l’Environnement du Québec, et M. Réjean De Ladurantaye, d’Environnement Canada.
En 1998, près d’une centaine de grands établissements industriels avaient réduit leurs rejets liquides toxiques d’environ 90 p. 100. Fort de ce succès, le Comité de concertation Industriel et urbain s’est tourné vers la petite et la moyenne entreprise (PME) des secteurs de la métallurgie, du traitement de surface des métaux et de la chimie. Objectif : prévenir, à la source, la pollution produite par les PME qui acheminent leurs rejets liquides vers les réseaux municipaux d’assainissement des eaux.
![]() |
Vue du fleuve dans le
secteur de Sorel en 1990. |
L’exercice, qui s’est révélé plus complexe que prévu, a cependant permis de mettre en place une nouvelle façon de faire adaptée aux PME. Un exercice nécessaire qui est de bon augure pour les années à venir.
Le virage PME s’appuie sur les résultats d’une étude1 portant sur le potentiel toxique des effluents des stations d’épuration municipales. Cette étude, amorcée au cours de la phase II du Plan d’action Saint-Laurent Vision 2000 (SLV 2000), a été menée dans quinze municipalités, dont les trois grandes communautés urbaines de Montréal, de Québec et de l’Outaouais.
« Il s’agit d’une des rares études présentant des données aussi détaillées, affirme M. De Ladurantaye. En mesurant le potentiel de toxicité des effluents municipaux, nous avons obtenu un portrait global de la situation, ce qui nous a permis de décider des actions à prendre. »
Les analyses ont révélé que les eaux usées présentent, avant dilution dans le cours d’eau récepteur, une certaine toxicité due notamment à l’azote ammoniacal et à des surfactants utilisés comme agents nettoyants domestiques et industriels. Cependant, la toxicité est faible et peu nuisible pour les organismes aquatiques.
« Mais, dans les municipalités où les rejets industriels constituent une partie importante des eaux usées à traiter, précise M. Flynn, les effluents présentaient un taux de substances toxiques résiduelles qui pouvaient encore avoir des répercussions sur l’environnement. »
La plupart des stations d’épuration sont conçues pour réduire tout particulièrement les contaminants des eaux usées municipales : matières organiques dissoutes, matières en suspension, phosphores et coliformes fécaux. Toutefois, bien qu’elles puissent enlever une certaine partie des autres contaminants, elles ne peuvent les éliminer complètement. Ainsi, malgré le fait qu’elles respectent les exigences de rejet déterminées par le ministère de l’Environnement du Québec, elles pourraient difficilement réduire davantage la toxicité de leurs effluents. Par conséquent, les efforts devaient être orientés vers la réduction à la source des rejets des PME.
![]() |
Échantillonnage, station d’épuration
de la Communauté urbaine de l’Outaouais. |
Échantillonnage, station d’épuration
de la ville de La Prairie. |
« Après le succès de nos interventions auprès des grandes entreprises, déclare M. De Ladurantaye, nous avons pris le virage PME. Trois secteurs ont été ciblés : chimie, métallurgie et traitement de surface des métaux. Notre objectif était de mettre en place un programme de réduction à la source des substances toxiques dans soixante entreprises, soit vingt par secteur d’activité.
« En phases I et II, nous avions affaire à de grandes entreprises que nous connaissions, ce qui n’était pas le cas pour les PME. Il s’agissait donc d’un virage important et à haut risque, puisque nous abordions un type particulier d’entreprises qu’il fallait convaincre des avantages environnementaux et économiques de notre programme. »
Dans chacun des trois secteurs industriels, un projet pilote a permis d’expérimenter des méthodes de diagnostic et de soutien. Par la suite, le recrutement des PME s’est effectué sur une base volontaire.
« Nous avions requis les services de consultants pour rencontrer les entreprises et leur proposer de faire un diagnostic environnemental afin de déterminer d’éventuels projets de prévention de la pollution, explique M. Flynn. Résultat : sept entreprises du secteur de la chimie, ainsi que neuf de la métallurgie et du traitement de surface des métaux ont accepté. Nous étions loin cependant de notre objectif initial de soixante entreprises.
« Aussi, devant la réticence affichée par plusieurs PME, un changement de cap s’imposait-il. L’approche volontaire ayant de toute évidence ses limites, nous avons opté pour une approche différente concentrée dans un secteur géographique restreint, soit la municipalité de Granby. »
La ville de Granby a été retenue en raison des résultats de l’évaluation de la toxicité des effluents de sa station d’épuration sur la rivière Yamaska qui est, en outre, l’une des rivières du Québec les plus touchées par la pollution. Les données permettaient d’appréhender que des contaminants résiduels, notamment des contaminants persistants et bioaccumulables, ne perturbent le milieu récepteur. La Ville souhaitait également réduire à la source les contaminants déversés à son usine d’épuration des eaux afin de pouvoir accueillir de nouvelles entreprises.
Rappelons que, à l’automne 2000, la Ville et le ministère de l’Environnement du Québec avaient lancé le Plan d’action Granby. Ce plan visait la diminution des pressions industrielles et urbaines associées aux rejets des substances toxiques dans la rivière Yamaska.
« Les effluents de la municipalité de Granby, souligne M. Flynn, ne sont pas toxiques, mais ils contiennent suffisamment de substances pouvant avoir encore des conséquences environnementales sur la rivière Yamaska. De plus, on doit aussi tenir compte des déversements d’eaux usées non traitées provenant du réseau d’égouts à la suite de pluies abondantes et de la fonte des neiges.
« La Direction régionale de la Montérégie du ministère de l’Environnement du Québec, poursuit-il, a alors amorcé un diagnostic environnemental d’entreprises situées sur le territoire de cette municipalité. D’ici la fin de la présente année budgétaire, une quarantaine d’entre elles devrait avoir fait l’objet d’une première évaluation.
Le diagnostic environnemental s’inscrit dans l’un des principaux programmes du Plan d’action Granby : le programme de vérification de la conformité environnementale et de réduction de contaminants prioritaires. Après avoir présenté le programme et observé les procédés industriels des entreprises, les spécialistes du Ministère effectuaient parfois des études de caractérisation des eaux usées. Ils pouvaient ensuite proposer des moyens pour améliorer les procédés et réduire à la source les émissions de substances toxiques. Au besoin, ils informaient également les entreprises des divers programmes d’aide des gouvernements du Québec et du Canada. »
« Un des éléments de l’approche de prévention de la pollution, ajoute M. De Ladurantaye, vise à faire valoir les avantages économiques liés à l’adoption de nouveaux procédés plus écologiques. En effet, dans plusieurs entreprises, des matières premières étaient rejetées avec les eaux usées. Pour éviter ces pertes, diverses solutions de réutilisation des résidus de fabrication peuvent être mises en place. De cette façon, il est plus facile de démontrer les avantages économiques, souvent à court et à moyen terme, des modifications ou correctifs à apporter aux procédés. »
En accompagnant les entreprises dans leur démarche, on a pu, grâce au programme de vérification de la conformité environnementale et de réduction de contaminants :
Programme Idée-PME |
Le programme Idée-PME, qui découle d’une entente entre Environnement Canada et Développement économique Canada, a permis d’offrir un soutien scientifique, technique et financier à des PME du domaine de l’environnement. Grâce à ce soutien, on a pu mettre sur pied des activités de démonstration technologique et de commercialisation de produits, de procédés ou de prototypes. À la fin de la phase III, 35 projets, dont la valeur dépasse 40 millions de dollars, auront bénéficié d’un soutien sous une forme ou une autre. La contribution de Développement économique Canada s’élève à plus de 9,8 millions. Les projets se rapportent notamment à l’agroenvironnement, à des sites contaminés et à l’assainissement industriel. |
Le programme de reconnaissance environnementale pour les 107 grands établissements industriels qui ont participé aux phases précédentes du Plan d’action SLV 2000 est terminé. Ce programme visait à reconnaître la participation de ces entreprises à la réduction des rejets liquides toxiques dans le Saint-Laurent.
« À la fin du programme, au printemps 2001, rapporte M. Flynn, quatre-vingts grandes entreprises avaient obtenu leur certificat de reconnaissance pour avoir mis en œuvre des mesures d’assainissement de leurs effluents liquides et apporté des modifications à leurs procédés industriels. Onze entreprises avaient cessé leur exploitation et seize n’avaient pas atteint les objectifs visés. »
Les entreprises « reconnues » peuvent ainsi faire savoir à leurs clients et au grand public qu’elles contribuent à la sauvegarde de l’écosystème du Saint-Laurent.
Ce qui ressort clairement du virage amorcé au cours des dernières années, c’est l’importance que revêt la réduction à la source des substances toxiques rejetées par les entreprises, en majorité des PME, dans les réseaux municipaux, puisque les usines d’épuration ne peuvent les éliminer complètement.
« Pour une éventuelle phase IV du Plan d’action Saint-Laurent, nous proposons de poursuivre les actions entreprises à Granby afin d’établir un processus type qui pourra être mis en place dans d’autres municipalités, déclare M. Flynn. De plus, nous devrions également évaluer les moyens de réduire, dans les étangs aérés, la toxicité due à l’azote ammoniacal, qui est l’une des causes importantes de la pollution des effluents. »
M. De Ladurantaye abonde dans le même sens. « Il est important de terminer le projet pilote amorcé à Granby, dit-il, car il est représentatif du problème qu’éprouve la majorité des municipalités du Québec. Cette approche est la plus prometteuse.
« Au cours des cinq dernières années, nous n’avons pas connu le succès escompté parce que nous connaissions trop peu le secteur des PME. La phase III nous aura cependant permis d’apprendre à la connaître et, ainsi, de réorienter notre tir et de mettre en place une nouvelle façon de faire. Les prochaines années, conclut-il, seront celles des PME et… du succès! »
1 Les rapports des analyses effectuées dans chaque usine ont été rendu publics, en 2001, dans le site Internet de SLV 2000, où l'on peut également consulter le rapport synthèse Évaluation de la toxicité des effluents des stations d'épuration municipales du Québec. (Retour)
M. Francis Flynn
Coprésident, Comité de concertation Industriel et
urbain
Ministère de l’Environnement du Québec
Téléphone : (418) 521-3950, poste 4989
M. Réjean De Ladurantaye
Coprésident, Comité de concertation Industriel et
urbain
Environnement Canada
Téléphone : (514) 283-2337
Bulletin Le Fleuve |
Le Fleuve est publié par lensemble des partenaires de Saint-Laurent Vision 2000. Coordination : Rédaction : Révision : Réalisation : Ce bulletin est aussi disponible en format PDF |
Date de modification : 2008/11/03 – Avis important

