Jour 2 (mercredi 14 juin 2006, 13 h)
Modérateur : Jean-François Bibeault, Environnement Canada
Daniel Groulx, Ville de Montréal
Luc Bergeron, Comité ZIP Ville-Marie
Jean-Éric Turcotte, Nature Québec/UQCN
Luc Bergeron, comité ZIP Ville-Marie
Le Comité Zone d’intervention prioritaire (ZIP) Ville-Marie a tout récemment réalisé une étude (faite en collaboration avec le comité ZIP Jacques-Cartier et Héritage Laurentien) sur les potentiels et contraintes liés aux usages actuels et futurs des plans d'eau autour de Montréal. Elle s’inscrit dans la planification stratégique du Réseau bleu de la Ville de Montréal. Cette démarche structurée a permis de colliger une multitude de données concernant les aspects biophysiques et les usages en berges et nautiques pour l'ensemble de rives de Montréal. Les informations ont été géoréférencées pour chacun des tronçons de berge publique ou non aménagés. L'inventaire des activités existantes et la reconnaissance sur le terrain de l'état des berges des cinq bassins du Réseau bleu permettent de constater qu’il existe des projets intéressants de développement ou de consolidation d'aménagements, d'activités et de conservation. À cet effet, plusieurs villes et arrondissements ont déjà mis en valeur leurs rives, ce qui constitue en soi un pas vers la réappropriation des usages en rive. Cette étude a permis de constater que de nombreuses activités potentielles en rive pourraient améliorer les aménagements existants. Le développement du Réseau bleu profitera à tous les résidants de l'agglomération montréalaise. La mise en valeur des rives et plans d'eau doit être un projet collectif impliquant l'ensemble des arrondissements et des villes. Parmi les usages ciblés, on note un intérêt pour les sites de baignade et de mise à l’eau pour les petites embarcations.
Jean-Éric Turcotte, Nature Québec
Nature Québec travaille pour sa part au développement d’une activité de suivi des usages et des accès au fleuve, activité axée sur l’utilisation des accès (demande). Ce travail s’amorce cette année au lac Saint-Pierre (territoire pilote) de manière à valider les outils d’observation, ceci dans le but d’organiser éventuellement un réseau d’observateurs des usages le long du Saint-Laurent. Sur la liste des facteurs compromettant l’accessibilité aux rives déjà énoncés, il faut également ajouter l’enjeu de la responsabilité : 90 % de la population vit sur les berges du Saint-Laurent ou de ses tributaires. Il devient ainsi difficile et inutile de chercher à tout prix à maintenir l’accès partout le long du fleuve. Plusieurs problèmes ont contribué à diminuer l’accessibilité aux rives : l’artificialisation des berges, la destruction des milieux humides, les zones d’érosion intense dues à l’empiètement et au batillage, la disparition des bandes riveraines, l’utilisation abusive d’habitats fragiles (quai, utilisation des VTT). Il faut redonner des accès au fleuve tout en minimisant les impacts négatifs. Les solutions résident dans une meilleure gestion du territoire. Cette gestion viserait à protéger et à maintenir l’intégrité de certains milieux présentant une valeur écologique particulière afin d’en contrôler l’accès et à éviter l’incohérence politique et le laxisme réglementaire (p. ex., permettre le développement agroindustriel, commercial ou domiciliaire dans des secteurs sensibles). Une planification intégrée à long terme du territoire pourrait freiner le développement sauvage en rive et favoriser le maintien de bandes riveraines au-delà des trois mètres prescrits, particulièrement en milieu agricole, ainsi que la protection des boisés et des corridors forestiers le long des cours d’eau. À cet égard, on note que les projets de sensibilisation, d’information et de formation ne sont plus soutenus financièrement comme avant, alors que les besoins sont pourtant encore très présents.
Daniel Groulx, Ville de Montréal
Daniel Groulx est responsable de la planification des accès pour le développement de Montréal et coordonne le Réseau bleu. Montréal a plus de 1 800 000 habitants et ses rives sont très perturbées et artificialisées. Le Réseau bleu comprend de nombreux partenaires (arrondissements, Parcs Canada, Vieux-Port de Montréal, Comités ZIP, etc.). L’enjeu est de trouver une voie commune. Ainsi, 32 maires et différents intervenants des gouvernements fédéral et provincial participent présentement aux réflexions sur ce sujet. Montréal compte 315 km de rives dont une centaine est accessible. L’objectif du Réseau bleu est d’étudier les clientèles visées, de caractériser les rives, d’évaluer l’accessibilité actuelle et potentielle et, finalement, d’étudier les aspects juridiques afin de permettre l’augmentation et l’amélioration des accès au fleuve. Ceci devrait se traduire notamment par d’importantes retombées économiques, pouvant même atteindre des centaines de milliers de dollars. Un succès à souligner est sans aucun doute le projet Archipel, dans le cadre duquel il y a eu restauration des berges du canal de Lachine. Ce projet est considéré comme un succès ayant eu des retombées positives et importantes. On prévoit pour l’année en cours la mise en ligne d’informations relatives aux travaux effectués dans le cadre du Réseau bleu, et ce, sur l’ensemble des secteurs visés, soit le lac Saint-Louis, la rivière des Prairies et le corridor fluvial.
Plusieurs éléments sont ressortis des discussions en plénière et en voici les principales conclusions. D’une part, force est de constater que lorsqu’on veut travailler à accroître l’accessibilité au fleuve, plusieurs facteurs sont à considérer : la pérennité et la qualité du milieu, la complémentarité des usages, la capacité d’accueil et les impacts sur le milieu. Parmi les dimensions importantes caractérisant les usages, on note que la répartition géographique des accès est fonction des caractéristiques particulières des plans d’eau (p. ex. le bassin de La Prairie, de faible profondeur et relativement large, favorise des activités comme la planche à voile, mais ne permet pas la plaisance pour des embarcations à fort tirant d’eau, contrairement au lac Saint-Louis). Par ailleurs, le développement des accès dans un contexte de gestion intégrée suppose des aménagements conçus pour minimiser les impacts sur la qualité du milieu et sur les ressources floristiques et fauniques, la localisation des accès étant à ce chapitre un enjeu clé. Les solutions résident dans une meilleure gestion du territoire où la protection et le maintien de l’intégrité de certains milieux présentant une valeur écologique particulière sont inclus dans une planification à long terme.
Le programme d’assainissement des eaux usées a aidé à améliorer la qualité de l’eau du Saint-Laurent dans le secteur de Montréal. Cette amélioration s’est traduite par une augmentation de la valeur marchande des propriétés en rive et, conséquemment, a favorisé le développement des accès en rives dans les milieux nantis. Le développement d’accès en rive requiert d’abord une réappropriation des berges par les municipalités ou les autorités gouvernementales concernées. À titre d’exemple, citons le canal de Lachine à Montréal, le parc des Rapides de Lachine, les terrains en bordure de l’île Bizard et, finalement, le parc de la plage Jacques-Cartier et la promenade Samuel-De Champlain à Québec. Si les villes ne s’approprient pas les rives, elles risquent de perdre des attraits récréo-touristiques et écologiques de grande valeur. Les municipalités devraient donc se doter d’une stratégie d’acquisition de terrains riverains pour les rendre accessibles à la communauté. Une bonne gestion du territoire passe par une planification à long terme ainsi que par une sensibilisation des élus aux enjeux de l’accessibilité aux rives.
Le développement d’accès publics au fleuve à certains endroits présente de nombreuses difficultés, comme dans le cas de la rive sud du lac Saint-Pierre, par exemple. La Défense nationale pourrait céder du terrain à la ville de Nicolet, mais l’enlèvement des obus serait requis afin d’assurer la sécurité publique. L’exemple de la rivière Saint-Jacques peut apporter certaines pistes de solution. En 2000, au terme d’une longue négociation entre une table de concertation locale et la Société immobilière du Canada, certains terrains qualifiés d’excédentaires pour l’organisme fédéral ont finalement été cédés à la ville. D’ailleurs, cette pratique devrait être favorisée plutôt que de céder ou vendre des terrains à des promoteurs privés.
On constate somme toute une grande évolution en ce qui concerne les accès publics à Québec au cours des dernières années. L’exemple du port de Québec où on a rétrocédé un terrain pour la baie de Beauport peut être cité. Le développement de plusieurs petits projets plutôt que de mégaprojets serait à privilégier. À cet effet, les comités ZIP ont été particulièrement actifs pour élaborer des projets peu coûteux favorisant l’accès aux rives du Saint-Laurent. La Ville de Montréal adopte, avec le Réseau bleu, une perspective de développement stratégique des accès qu’il sera intéressant de suivre au cours des prochaines années afin notamment de vérifier l’effet d’entraînement sur d’autres municipalités riveraines. Ces interventions des pouvoirs publics expliquent dans certains cas pourquoi un nouvel accès émerge sur le territoire et s’il est utilisé fréquemment ou non. C’est aussi souvent au niveau municipal que se fait l’adéquation entre l’offre des accès et la demande.
Dans une perspective d’avenir, le développement d’accès en rive requiert une réappropriation des berges par les municipalités ou les autres autorités gouvernementales concernées. Cet aspect mérite certainement une attention plus soutenue dans le cadre du Plan Saint-Laurent. En définitive, l’accessibilité au fleuve et le développement des usages qui y sont reliés doivent être abordés de manière plus intégrée, en considérant différentes perspectives : privatisation des rives, qualité de l’eau et du paysage, difficultés physiques d’accès aux lieux et proximité des citoyens, tarification des usages et sécurité publique. Leur prise en compte est nécessaire en vue de trouver les compromis nécessaires à la conciliation de l’offre et de la demande des accès.
Date de modification : 2008/05/01 – Avis importants

