Jour 2 (mercredi 14 juin 2006, 13 h)
Modérateur : Michel Gilbert, Pêches et Océans Canada
Claude Lavoie, Université Laval
Chris McKindsey, Pêches et Océans
Canada
Yves de Lafontaine, Environnement Canada
Marcel Bernard, Ressources naturelles et Faune
Québec
Claude Lavoie, Université Laval
Des travaux sont en cours pour faire l’inventaire et le suivi des espèces végétales envahissantes dans les milieux humides du Saint-Laurent en collaboration avec Environnement Canada. Les fluctuations des niveaux d’eau représentent un enjeu pour la propagation de ces espèces. Il faut cependant souligner que l’envahissement des plantes aquatiques peut être un symptôme associé à un problème environnemental plus profond, de nature physico-chimique, comme une pollution diffuse accrue favorisant la prolifération des plantes aquatiques dont certaines sont envahissantes. Pour contrôler les espèces envahissantes, il faut connaître les véritables causes de l’envahissement.
Chris McKindsey, Pêches et Océans Canada
Le golfe du Saint-Laurent compte actuellement une quarantaine d’espèces envahissantes dont les plus préoccupantes sont le Crabe vert et une algue verte, appelée communément doigt noir ou voleur d’huîtres et connue sous le nom scientifique de Codium fragile. L’excroissance qu’elle forme sur la coquille de l’huître ou de la moule empêche ces espèces de filtrer leur nourriture. Cette algue emprisonne tellement de bulles de gaz qu’elle peut flotter et déplacer les mollusques. Installée dans la région depuis 1996, l’algue verte infeste les mollusques sauvages et d’élevage de l’Île-du-Prince-Édouard et des rives du golfe en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Elle a été observée aux îles de la Madeleine pour la première fois en 2003. Le Crabe vert (Carcinus meanas) a été vu pour la première fois en 1995 sur la rive du golfe en Nouvelle-Écosse. Il s’est ensuite propagé au sud-est du Nouveau-Brunswick, sur la côte Est de l’Île-du-Prince-Édouard et récemment aux îles de la Madeleine.
Yves de Lafontaine, Environnement Canada
La problématique des espèces envahissantes n’est pas nouvelle, mais soulève de sérieuses préoccupations depuis une quinzaine d’années. Jadis, nous avons assisté à des introductions volontaires, comme dans le cas de la Carpe, alors que maintenant on considère cette espèce comme nuisible. Les Grands Lacs comptent plus de 170 espèces non indigènes et le Saint-Laurent en regroupe 86 dont la plupart ont d’abord été introduites dans les Grands Lacs. Nous sommes en mesure d’affirmer que les deux tiers des espèces ont été introduites par la navigation commerciale. Parmi les espèces les plus problématiques, mentionnons la Moule zébrée, le Gobie à taches noires, le Crabe chinois à mitaines, la Tanche et la Châtaigne d'eau. Peu de choses sont faites actuellement pour prévenir l’introduction des espèces envahissantes. En ce qui a trait au contrôle, la Châtaigne d’eau fait l’objet d’un programme d’éradication dans la rivière Richelieu. Très peu d’outils de documentation, d’éducation et de sensibilisation existent sur le sujet, du moins en français. Il n’existe pas d’analyse de risques et d’impacts, ce qui nous empêche d’évaluer la gravité de ce problème.
Marcel Bernard, Ressources naturelles et Faune Québec
Des travaux en cours sur les eaux douces intérieures portent sur un inventaire du Myriophyllum spicatum dans les lacs à Touladi des Laurentides. Depuis 2001, le ministère des Ressources naturelles et de la Faune, avec ses partenaires, procèdent à la récolte de la Châtaigne d’eau dans la rivière du Sud afin d’en réduire les densités. De plus, afin d’éviter la propagation et de pouvoir intervenir rapidement, le Ministère effectue l’inventaire de la Châtaigne d’eau des cours d’eau adjacents à la rivière du Sud. On documente également la propagation de la Tanche qui a été observée pour une première fois en 1995 dans le haut Richelieu. Le gouvernement du Québec participe depuis 2003 au groupe de travail canadien sur les espèces aquatiques envahissantes. Ce groupe travaille à actualiser la stratégie de mise en œuvre du Plan d’action canadien de lutte contre les espèces aquatiques envahissantes. Le Québec a entrepris des démarches afin d’implanter une réglementation efficace sur l’utilisation et la vente des espèces exotiques.
Dans le cas des espèces aquatiques envahissantes, il y a
très souvent un décalage important entre l’introduction
d’une espèce et son observation, décalage qui
peut atteindre 20 ans. Dans ce cas, il semble très complexe
d’imposer des condamnations pour les responsables d’une
introduction.
Une espèce peut prendre beaucoup de temps avant de s’établir.
C’est le cas de plusieurs plantes envahissantes telles que
le Phragmite commun qui a été introduit vers 1916,
mais dont l’envahissement a débuté dans les
années 1960 à cause de perturbations du milieu, comme
la construction du réseau routier québécois.
C’est souvent un élément déclencheur
qui cause l’envahissement. Voilà qui nous mène
à penser que l’envahissement des espèces exotiques
est symptomatique d’un changement plus profond dans l’écosystème.
Par exemple, l’apport de nutriment dans un milieu aquatique
favorise la prolifération des végétaux, dont
des espèces exotiques.
Malgré le fait que beaucoup reste à faire sur le plan de la réglementation, il y a du moins du travail a été fait. La vente de certaines espèces vivantes est réglementée ainsi que l’utilisation de certains poissons comme poissons appâts.
Depuis quelques années, de plus en plus d’énergie et de fonds sont investis sur la question des espèces envahissantes. Certains intervenants s’interrogent toutefois sur les véritables impacts des espèces exotiques sur les espèces indigènes. Les chercheurs s’entendent pour dire qu’à ce stade, c’est encore peu documenté. Les nuisances que pourraient causer les espèces exotiques sur la biodiversité d’un milieu sont parfois discutables. De plus, il faut s’interroger sur la cause de l’envahissement d’une espèce pour se rendre compte que la biodiversité est parfois menacée par un problème sous-jacent. On peut même envisager certains impacts positifs à l’introduction d’espèces exotiques, tels qu’une augmentation de la diversité du milieu ou de l’abondance de proies (p. ex. le gobie) pour la faune aquatique, mais reste à savoir si ces impacts nuisent aux espèces indigènes. On reconnaît tout de même des cas où l’introduction d’espèces exotiques s’est avérée dévastatrice, comme le Crabe vert sur la côte Est américaine ou la perche au lac Victoria en Afrique. Il existe de nombreuses espèces exotiques, mais seulement quelques unes d’entre elles tendent à être envahissantes et à devenir nuisibles tant pour la biodiversité que les usages.
Les eaux de lest des navires transocéaniques sont une des
principales causes d’introduction d’espèces exotiques.
Sur le plan de la réglementation, un règlement pour
limiter l’introduction d’espèces exotiques est
sur le point d’entrer en vigueur relativement à la
gestion des eaux de lest des navires qui entrent dans les eaux canadiennes.
Une autre voie d’entrée est la vente d’espèces
végétales envahissantes à des fins horticoles.
Afin de limiter les introductions d’espèces nuisibles,
il faudrait accroître la sensibilisation chez les commerçants
horticoles et les consommateurs, faute d’une réglementation
interdisant la vente de toutes espèces exotiques envahissantes.
L’implication des collectivités peut être très
bénéfique pour répondre à des aspects
de la problématique qui s’éloigne du suivi à
proprement dit. Par exemple, plusieurs collectivités sont
intéressées à participer au contrôle,
mais ne savent pas toujours par où commencer et quelles devraient
être les priorités d’action. Plusieurs priorités
ont été définies : créer des outils
de sensibilisation pour lutter contre ces espèces, prendre
soin de nettoyer les embarcations, éviter de planter ou transplanter
des plantes envahissantes. Ce sont tous des moyens pour limiter
la propagation, mais il faut penser à tous les vecteurs possibles.
Internet donne également de l’information sur des moyens
de lutte, mais ils ne sont pas toujours traduits pour rejoindre
la clientèle francophone.
Un commentaire a été émis à l’égard de la mise en place de réseaux d’alerte sur les espèces envahissantes. Plusieurs activités de suivi en cours pourraient inclure un réseau d’observation des espèces envahissantes. Par exemple, le réseau de suivi ichtyologique du MDDEP sert également à détecter les espèces aquatiques envahissantes lors de l’échantillonnage de poissons. Ainsi, on profiterait des réseaux de suivi existants pour établir un réseau d’alerte sur les espèces envahissantes.
Un dernier commentaire a été émis concernant le véritable enjeu des espèces envahissantes. De tout temps, la diversité a été perçue comme une richesse, et la mondialisation du patrimoine génétique en soi n’est pas nécessairement mauvaise. Il faut cependant s’interroger sur nos interventions qui entraînent l’introduction d’espèces exotiques dévastatrices et sur les changements qui s’exercent dans un écosystème avant même l’introduction de ces espèces pour vérifier si nous envisageons la question de manière adéquate.
Date de modification : 2008/05/01 – Avis importants

