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Écosystème Grands Lacs-Saint-Laurent
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Milieux humides

 

La superficie et la fragmentation des milieux humides riverains du système Grands Lacs–Saint-Laurent

Portrait de la situation

À partir d’une compilation d’informations sur les milieux humides collectées de la fin des années 1980 jusqu’à 2002, plus de 101 000 hectares (ha) de milieux humides ont été identifiés sur les rives canadiennes du bassin Grands Lacs–Saint-Laurent. Le tableau 1 résume l’étendue estimée de milieux humides dans les sections lacustres et fluviales du bassin (figure 1). Environ 66 p. 100 des milieux humides documentés sont concentrés dans 5 des 16 sections. Le lac Saint-Pierre possède la plus grande superficie de milieux humides avec 18 350 ha (18 p. 100), sans compter les aires de végétation aquatique submergée. Le lac Huron a la seconde plus grande étendue de milieux humides riverains avec 16 179 ha (16 p. 100), suivi par le lac Ontario avec 11 777 ha (12 p. 100). Le lac Érié arrive au quatrième rang avec 11 417 ha (11 p. 100), et les milieux humides en eaux saumâtres et salées du moyen estuaire, de l’estuaire maritime et du golfe du Saint-Laurent sont au cinquième rang avec 8940 ha (9 p. 100).

Table 1
Superficie estimée de la portion canadienne des milieux humides
riverains dans le bassin Grands Lacs–Saint-Laurent

Lac ou cours d'eau

Superficie (ha)
Portion (%)
Lac Supérieur
2 236
2
Rivière Ste-Marie
4 953
5
Lac Huron
16 179
16
Rivière St. Clair
7 884
8
Lac St. Clair
1 966
2
Rivière Detroit
498
0
Lac Érié
11 417
11
Rivière Niagara
230
0
Lac Ontario
11 777
12
Tronçon international du Saint-Laurent
6 565
6
Lac Saint-François
4 100
4
Lac Saint-Louis
950
1
Tronçon fluvial
1 790
2
Lac Saint-Pierre
18 350
18
Estuaire fluvial
3 500
3
Moyen estuaire, estuaire maritime et golfe du Saint-Laurent
8 940
9
Total
101 335
100

Qu’ils soient en bordure des Grands Lacs ou du fleuve Saint-Laurent, les milieux humides sont influencés par des facteurs similaires, comme les fluctuations des niveaux d’eau et les pressions de l’utilisation du territoire.

Les fluctuations des niveaux d’eau

Les milieux humides riverains dépendent des fluctuations des niveaux d’eau pour conserver la diversité, la distribution et l’abondance des communautés végétales. Malgré la construction de structures de régularisation du débit des eaux à plusieurs endroits dans le système Grands Lacs–Saint-Laurent pour la production d’électricité et la navigation (voir encadré), le bassin subit des fluctuations des niveaux d’eau à court et à long terme causées par des changements dans la quantité des précipitations qu’il reçoit. Cependant, ces fluctuations sont plus faibles et sont décalées dans le temps par rapport au processus naturel. Par conséquent, diverses modifications des milieux humides riverains ont été documentées. En voici deux exemples.

La baie Presqu'île, lac Ontario

Bien que les niveaux d’eau du lac Ontario aient été régularisés depuis les années 1960, le lac subit néanmoins des fluctuations modérées des niveaux d’eau à long terme. Des changements dans la distribution et l’abondance des communautés végétales des milieux humides dus à ces variations sont évidents dans l’ensemble des milieux humides de la baie Presqu’île, où des déplacements des communautés végétales ont été observés (figure 2). Les communautés de haut marais occupaient de grandes étendues au milieu des années 1960, durant une période de très bas niveaux d’eau dans le lac Ontario. Le cycle de bas niveaux d’eau favorise le déplacement vers le lac des communautés de plantes émergentes ou de bas marais établies au bas de la pente (figure 2). Les espèces végétales des hauts marais peuvent alors migrer vers des habitats plus secs qui ne conviennent plus à la végétation de bas marais. Depuis les années 1960, le lac Ontario a connu des niveaux d’eau supérieurs à la normale sur une période prolongée de 1970 à 1990. Par conséquent, les communautés de bas marais sont revenues sur leurs anciens territoires occupés par les communautés de hauts marais. La superficie totale du marais est similaire durant les deux périodes, 129 ha et 138 ha respectivement, mais l’étendue occupée par les communautés de haut marais a diminué de 76 ha en 1965 à 19 ha en 1999.

Figure 2
Carte d’inventaire de la végétation des milieux humides
de la baie Presqu’île, lac Ontario, en 1965 et en 1999

 
Carte d’inventaire de la végétation des milieux humides de la baie Presqu’île, lac Ontario, en 1965 et en 1999

Le lac Saint-Pierre, fleuve Saint-Laurent

Comme dans la baie Presqu’île, des transformations complexes ont été observées dans les milieux humides du lac Saint-Pierre, en partie à cause des fluctuations des niveaux d’eau. Une analyse du changement d’un sous-ensemble des milieux humides, excluant la végétation aquatique submergée, a montré que la superficie avait augmenté de 20 p. 100, de 12 859 ha en 1976 à 15 404 ha en 2002 (figure 3). Ce phénomène peut s’expliquer par l’expansion des bas marais vers des milieux d’eau libre en bordure du lac. Des augmentations de la superficie des hauts marais ont également été observées le long de la rive – un résultat dû aux niveaux d’eau élevés durant les années 1970 et 1980 qui ont tué les arbres des marécages et laissé la place à des espèces agressives comme Phalaris arundinacea. De surcroît, des efforts de conservation ont permis de récupérer une partie des superficies des milieux humides qui avaient été auparavant utilisées pour l’agriculture (figure 3), et des aménagements pour la faune ont également entraîné le remplacement de nombreux marécages par des marais avant 2002.

Figure 3
Carte d’inventaire de la végétation des milieux humides
du lac Saint-Pierre en 1976 et en 2002

 
Carte d’inventaire de la végétation des milieux humides du lac Saint-Pierre en 1976 et en 2002

Pressions exercées par l’utilisation du territoire

Environ 50 p. 100 de la population du Canada et certaines terres agricoles parmi les plus productives du pays se trouvent dans le bassin Grands Lacs–Saint-Laurent. Une forte croissance de la population, associée à des pressions pour l’aménagement du territoire, combinée à une agriculture de plus en plus intensive continue à éroder les superficies de milieux humides et à détériorer leur qualité. En voici deux exemples.

Le ruisseau Lynde, lac Ontario

Les milieux humides du ruisseau Lynde ont subi des changements communs à toutes les régions du bassin sous la pression d’une urbanisation croissante. Bien que la superficie totale des milieux humides du ruisseau Lynde ait faiblement augmenté (105 ha à 123 ha) entre 1959 et 2001 à cause d’une diminution de l’intensité de l’agriculture adjacente, le bassin versant environnant a subi une forte augmentation de l’urbanisation (figure 4). Par conséquent, malgré une augmentation de la superficie des milieux humides, l’eau, les sédiments et la qualité des communautés végétales ont souffert.

Figure 4
Carte des milieux humides et des zones urbaines avoisinantes
du ruisseau Lynde, lac Ontario, en 1959 et en 2001

 
Carte des milieux humides et des zones urbaines avoisinantes du ruisseau Lynde, lac Ontario, en 1959 et en 2001

Kamouraska, fleuve Saint-Laurent

Les tendances observées dans les marais salés de Kamouraska montrent que même récemment, les milieux humides subissaient encore des pressions anthropiques (figure 5). Entre 1976 et 2002, la superficie totale des milieux humides a diminué de 51 p. 100 (569 ha à 280 ha). La plupart des pertes sont reliées directement aux activités agricoles, avec la construction d’aboiteaux entre 1960 et 1990 convertissant la grande partie du marais salé en terres agricoles.

Figure 5
Carte des superficies des milieux humides et des zones agricoles
de Kamouraska en 1976 et en 2002

 
Carte des superficies des milieux humides et des zones agricoles de Kamouraska en 1976 et en 2002

Il existe maintenant des politiques et des initiatives de conservation à la grandeur du bassin Grands Lacs–Saint-Laurent pour limiter les pertes additionnelles de milieux humides et pour restaurer les zones perdues et leurs fonctions. Cependant, la conservation demeure un combat difficile, et les superficies et la qualité des milieux humides continuent de se détériorer dans plusieurs régions du bassin Grands Lacs–Saint-Laurent.

 

La régularisation des niveaux d’eau du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent

Le niveau de l’eau du lac Ontario est régularisé depuis 1960 pour répondre à une demande croissante en matière de navigation et de production hydroélectrique. Malheureusement, ce qui est bon pour la navigation ne l’est pas autant pour les milieux humides riverains. Les fluctuations naturelles des niveaux d’eau ont diminué, ce qui a réduit la diversité biologique des milieux humides riverains qui dépendent de ces variations pour maintenir leurs communautés végétales.

L’établissement de critères pour guider la régularisation des débits et des niveaux d’eau dans le lac Ontario et le fleuve Saint-Laurent est un défit relevé par une étude binationale instaurée en 2001 par la Commission mixte internationale (CMI). L’étude quinquennale de la CMI fournit la chance inestimable d’améliorer la compréhension des impacts des régularisations passées sur les milieux humides riverains. Ces nouvelles connaissances serviront à élaborer et à recommander des critères pour la régularisation des niveaux d’eau au profit de tous, incluant l’objectif précis de conserver la diversité et la santé des milieux humides riverains.

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Date de modification : 2008/05/01 – Avis importants