Pour suivre leffet
de cette nouvelle réglementation face aux attentes du PNAGS,
un programme de suivi des couples nicheurs a dabord été
testé dans différentes régions entre 1985 et
1989, puis mis en application dans la majeure partie de laire
de nidification de lespèce depuis 1990. Au Québec,
les inventaires ont révélé une augmentation significative
de la population nicheuse de 1985 à 1990 suivie dune
baisse depuis deux ans.
Quant au PCHE,
il a dabord porté ses actions, au Québec, sur
lacquisition et la restauration dhabitats propices à
la sauvagine dans la vallée du Saint-Laurent. Récemment,
le PCHE a ajouté le milieu boréal à son programme.
Pour expliquer les variations de leffectif de sauvagine nichant
dans ce milieu qui couvre près dun million de kilomètres
carrés au Québec, il faut évidemment sen
tenir aux modifications denvergure du paysage : perturbations
forestières (coupe, feux, épidémie dinsectes),
aménagements hydro-électriques (réservoir,
exondation de rivières, lignes de transport), pluies acides
et modifications climatiques.
Par le biais
du PCCN et du PCHE, le Service canadien de la faune (SCF) a entrepris
une étude dans le but dévaluer le potentiel
de la forêt boréale pour la reproduction du Canard
noir et des autres espèces de sauvagine fréquentant
ce milieu. Plus précisément, cette étude vise
à caractériser les habitats propices à la reproduction
de la sauvagine à partir dimages spatiales et de données
dinventaire doiseaux et, par la suite, à utiliser
les habitats identifiés pour modéliser lutilisation
potentielle par la sauvagine et à lappliquer à
lensemble du territoire.
Une fois la
modélisation précisée, il est alors possible
dévaluer limpact des modifications du milieu
et même de prédire, par simulation, limpact de
futures perturbations ou encore daménagements et de
mesures correctrices. Les analyses bénéficient dun
appui informatique permettant de visualiser rapidement le résultat
de divers scénarios envisagés.
Des premiers
essais concluants de modélisation à laide de
photographies aériennes noir et blanc avaient été
réalisés dans des secteurs pilotes (Bordage et al.
1990). Les habitats caractérisés à partir dune
photo-interprétation ont été reliés
à la présence de couples ou de couvées de Canard
noir. Comme le territoire à couvrir est vaste et que linterprétation
des habitats à partir de photographies aériennes savère
alors trop onéreuse, la télédétection
spatiale présentait une avenue intéressante à
explorer.
La télédétection se définit comme « la
discipline scientifique qui regroupe lensemble des connaissances
et des techniques utilisées pour lobservation, lanalyse,
linterprétation et la gestion de lenvironnement
à partir de mesures dimages obtenues à laide
de plates-formes aéroportées, spatiales, terrestres
ou maritimes. Comme son nom lindique, elle suppose lacquisition
dinformation à distance sans contact direct avec lobjet
détecté » (Bonn et al. 1992).
En considérant
la taille et le nombre dhabitats à identifier dans
cette étude, les images du capteur Thematic Mapper à
bord du satellite Landsat-5 ont été choisies. Comme
les images sont acquises de façon continue suivant des orbites
bien précises, il est possible de sélectionner celles-ci
pour une région et un moment donnés. Les capteurs
à bord des satellites génèrent des quantités
astronomiques de données. Si lon considère quune
image Landsat-TM aurait besoin denviron 250 disquettes (3 ½)
pour être stockée et que les satellites Landsat sont
en opération depuis 1972 avec le capteur MSS, on peut facilement
imaginer la complexité de la gestion de ces données.
Au Canada, ces
images sont disponibles commercialement et sont distribuées
par Radarsat International inc. Les images sont commandées
en format numérique, cest-à-dire que chaque
point dans limage est représenté par un nombre
reconnaissable par lordinateur. Ce nombre appelé niveau
de gris correspond au signal capté par le satellite dun
objet donné à une longueur donde donnée.
 |
| Télédétection,
inventaire avifaunique et système dinformation
géographique pour une meilleure gestion environnementale. |
Le traitement
des images numériques Landsat-TM se fait à laide
dun logiciel spécialisé. Il en existe plusieurs
sur le marché; celui utilisé par le SCF est le EASI/PACE
de PCI inc. La caractérisation des habitats repose sur une
méthodologie de classification dite dirigée. Le thématicien
indique pour certaines zones de limage létiquette
correspondante en sappuyant sur des données complémentaires
telles que les photographies aériennes, les cartes forestières
ou tout autre document récent favorisant linterprétation.
La qualité ainsi que la disponibilité des données
complémentaires jouent donc un rôle important dans
la précision de la classification ainsi que dans la vérification
des résultats.
La caractérisation
des habitats vise à faire ressortir les différents
types dutilisation du sol favorisant la présence de
Canard noir. Étant donné le peu de connaissances sur
lécologie de reproduction de cette espèce en
milieu boréal, en particulier sur ce qui motive les oiseaux
à sinstaller dans un site plutôt quun autre,
la caractérisation des habitats doit être raffinée.
Dans ce projet, les habitats aquatiques et riverains sont prioritaires.
De même,
une attention spéciale a été portée
sur la distinction entre les coupes forestières récentes
et les zones en régénération afin dévaluer
plus précisément limpact de ces modifications
du territoire sur la faune. Il est également important didentifier
les habitats ayant peu ou pas dattrait pour ces espèces,
par exemple les tourbières et les zones de sol nu. Ceci nest
quune brève description des habitats à caractériser,
et chacun de ces thèmes est détaillé pour donner
dix-sept classes.
Pour les besoins
de cette étude, soit lélaboration des modèles
de prédiction de présence ou dabsence de Canard
noir, il fallait choisir une unité de base (spatiale) : lunité
retenue arbitrairement est un carré de 1 km de côté
dont la localisation est conforme au système de Mercator
(T.U.M.). Ainsi, pour chaque unité de 1 km² (100
ha), les inventaires confirment la présence ou labsence
doiseaux alors que la télédétection précise
la superficie (ha) ou la fréquence de chacun des habitats
caractérisés. De manière à identifier
les caractéristiques dhabitats reliés à
la présence de couples ou de couvées de chacune des
espèces, nous avons utilisé un modèle de régression
logistique dont la variable dépendant provient des données
dinventaire de sauvagine et les variables indépendantes,
de la caractérisation des habitats.
Comme résultat
final, la modélisation permet, compte tenu des habitats présents,
destimer une probabilité de présence dun
couple ou dune couvée de Canard noir (ou toute autre
espèce de sauvagine) au sein de chacune des unités
de 1 km². En fonction des habitats présents, on
pourra par exemple, calculer quun km² donné de
forêt boréale a 35 p. 100 de chance dabriter
un couple de Canard noir.
En modifiant
la superficie de certains habitats, comme par exemple une augmentation
du niveau dun plan deau ou une diminution des conifères
(coupe), on peut alors calculer une nouvelle valeur de potentiel
pour ce même carré. Par conséquent, il est alors
possible de mesurer la valeur avifaunique du milieu, de quantifier
limpact dune modification du paysage et dorienter
les perspectives daménagement, et ce nimporte
où sur laire détude. Comme les données
sont compilées dans des banques informatiques pouvant être
reconstituées, par lentremise dun système
dinformatique géographique (S.I.G.), en images thématiques,
on obtient finalement un outil de gestion versatile et efficace
: des images inédites sur le Canard noir.
|