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Agriculture
Le Québec compte plus de trente-deux mille
entreprises agricoles. Citoyens et consommateurs exigent de
ces dernières qu’elles concilient rentabilité,
environnement et qualité des produits dans un contexte
de forte concurrence. L’intensification de la production
agricole des dernières décennies a accru les
pressions exercées sur les ressources naturelles et
plus particulièrement l’eau. Comme la pollution
agricole est surtout d’origine diffuse, il est difficile
de la circonscrire. La réduire exige l’adoption
de meilleures pratiques agroenvironnementales à la
ferme et une action davantage concertée sur l’ensemble
du territoire.
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Résultats visés
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Le principal objectif du domaine d’intervention Agriculture
a été la réduction de l’utilisation des
pesticides et des risques liés à l’emploi de
ceux-ci pour des cultures ciblées (céréales,
maïs, soya, pomme et pomme de terre). La voie d’action
privilégiée a été l’adoption de
pratiques de gestion agroenvironnementale pour les cultures ciblées
qui représentent, à elles seules, 70 p. 100 des pesticides
agricoles consommés, dont une large part sont des herbicides.

Réduire l’utilisation
des pesticides agricoles
Dans le cadre de la phase II de Saint-Laurent Vision 2000, des
études avaient permis de constater la présence de
pesticides agricoles, notamment d’herbicides utilisés
pour les grandes cultures (maïs et soya), dans plusieurs rivières
tributaires du fleuve Saint-Laurent. De plus, des pesticides avaient
aussi été détectés dans l’eau
souterraine de régions où se pratique une culture
intensive de la pomme de terre.
Depuis 1998, le ministère de l’Environnement du Québec
(MENV) a continué ses activités de suivi des pesticides
dans quatre stations situées sur les rivières Saint-Zéphirin,
Chibouet, des Hurons et Saint-Régis. Les données recueillies
indiquent la présence d’une grande diversité
de pesticides dans l’eau. Si l’on note une diminution
des concentrations pour l’atrazine, on observe en revanche
le maintien des concentrations pour tous les autres produits suivis
ainsi que l’apparition, dans l’eau, de nouveaux pesticides.
La présence de pesticides dans l’environnement demeure
une préoccupation pour tous les citoyens et, en particulier,
pour les agriculteurs qui en font usage.
Le rendement agricole peut être menacé par des organismes
nuisibles (insectes, mauvaises herbes, agents pathogènes,
etc.) contre lesquels le producteur agricole utilise divers moyens
de lutte, dont les pesticides. L’approche de la lutte intégrée,
aussi appelée « gestion intégrée des
ennemis des cultures », offre au producteur différentes
pratiques adaptables au contexte de production et lui permet de
réduire l’utilisation des pesticides et d’en
rationaliser les usages. La combinaison des moyens préventifs
ou curatifs de lutte assure une réduction plus durable et
souvent plus efficace des populations d'organismes nuisibles et
contribue à réduire les risques associés à
l'emploi exclusif des pesticides chimiques. Ces derniers ne sont
d’ailleurs qu'un maillon de la lutte intégrée
et doivent être utilisés uniquement si la situation
le justifie.
L’agriculteur peut bénéficier d’aides
ou d’outils, dont le suivi des ennemis des cultures par le
Réseau d’avertissements phytosanitaires, l’usage
de modèles prévisionnels agrométéorologiques
et le recours à des moyens de lutte non chimique tels les
prédateurs naturels et les appareils de désherbage
mécanique. Dans cette perspective, Environnement Canada ainsi
qu’Agriculture et Agroalimentaire Canada ont établi
des modèles de prévision agrométéorologique
basés sur des modèles mathématiques conjugués
à des observations météorologiques. À
titre d’exemple, le logiciel CIPRA (Centre informatique de
prévision des ravageurs en agriculture) a été
mis au point. Ce logiciel sert à détecter les conditions
favorables au développement d’insectes et de maladies
nuisibles aux récoltes et, par conséquent, à
déterminer quelles sont les périodes d’intervention
les plus propices.
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| Photo : Marc Lajoie, MAPAQ |

Grâce à la Stratégie phytosanitaire, le secteur
agricole a fait de réels progrès en matière
de lutte intégrée et d’usage raisonné
des pesticides. Lancé en 1998, le Programme agroenvironnemental
de soutien à la Stratégie phytosanitaire du domaine
d’intervention Agriculture de Saint-Laurent Vision 2000 est
venu appuyer la Stratégie phytosanitaire amorcée en
1992 par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries
et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Ce programme
allait clairement faire de l’approche de la lutte intégrée
la voie d’action privilégiée dans la poursuite
de l’objectif de réduire de 50 p. 100 l’utilisation
des pesticides d’ici 2003.
Le programme est venu appuyer des projets de développement
ainsi que des projets de formation et de transfert technologique.
Pour les grandes cultures, les projets réalisés avaient
plusieurs buts : réduire les doses de pesticides, valider
des techniques de désherbage mécanique et intégrer
progressivement différentes pratiques de lutte intégrée.
Pour la pomme, les projets ont porté, pour l’essentiel,
sur la mise au point d’un nouveau type de pulvérisateur
antidérive et la recherche de solutions de rechange à
l’usage de pesticides, comme le recours à des acariens
prédateurs et l’application d’urée. Pour
la pomme de terre, les projets étaient axés notamment
sur la lutte au doryphore, la réduction de l’usage
des herbicides et le désherbage non chimique. Le matériel
de sensibilisation et de formation produit dans le cadre de ces
projets a été d’une grande utilité; plus
de quatre cent mille exemplaires de publications variées
ont été diffusés. Les 93 projets financés
par l’intermédiaire du programme ont donné lieu
à des interventions en milieu agricole dans plus de 125 municipalités
(voir la carte des
résultats marquants).
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| Photo : Marc Lajoie, MAPAQ |

La répartition financière du Programme agroenvironnemental
de soutien à la Stratégie phytosanitaire
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Années financières |
Catégories de projets |
Nombre de projets |
Sommes accordées |
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1998-1999
|
Transfert technologique |
14 |
218 063 $ |
| Développement technologique |
12 |
358 281 $ |
| Formation |
11 |
305 448 $ |
| Total |
37 |
881 792 $ |
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1999-2000
|
Transfert technologique |
8 |
169 417 $ |
| Développement technologique |
6 |
209 514 $ |
| Formation |
0 |
0 $ |
| Total |
14 |
378 931 $ |
|
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2000-2001
|
Transfert technologique |
11 |
253 101 $ |
| Développement technologique |
5 |
175 902 $ |
| Formation |
0 |
0 $ |
| Total |
16 |
429 003 $ |
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2001-2002
|
Transfert technologique |
24 |
416 572 $ |
| Développement technologique |
0 |
0 $ |
| Formation |
2 |
41 653 $ |
| Total |
26 |
458 225 $ |
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2002-2003 |
Total |
– |
0 $ |
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Total global |
93 |
2 147 951 $ |
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L’ensemble des efforts investis depuis 1998 ont permis de
sensibiliser différents acteurs du milieu à l’importance
de la lutte intégrée. Le suivi de l’atteinte
de l’objectif pour la lutte intégrée a été
assuré auprès d’un ensemble restreint d’entreprises
agricoles membres des 79 clubs-conseils en agroenvironnement. Ainsi,
en mars 2002, les superficies cultivées et engagées
(en totalité ou en partie) en lutte intégrée
– principalement les surfaces exploitées en grandes
cultures – ont atteint plus de 92 215 ha, passant
en proportion totale de 3 p. 100 à 39 p. 100
par rapport à 1998 (avec des valeurs intermédiaires
de 11 p. 100 en 1999 et 24 p. 100 en 2000).
Selon la progression observée, leur pourcentage relatif devrait
se chiffrer à plus de 50 p. 100 en 2003.
Dû à un manque d’information sur l’utilisation
réelle des pesticides dans les cultures ciblées, l’évaluation
du degré d’atteinte de l’objectif de réduction
des pesticides du domaine d’intervention Agriculture repose
sur les données qui ont servi à établir les
« bilans des ventes de pesticides au Québec »
publiés par le MENV. Seules les données des années
1997, 1998 et 1999 sont disponibles (à cause des délais
de collecte et de traitement des informations).
L’indicateur de résultat retenu est un indice de pression
à l’hectare qui prend en compte les quantités
de matières actives d’herbicide et les superficies
cultivées. Les herbicides sont retenus pour cet indice de
pression parce qu’ils sont davantage spécifiques aux
cultures ciblées et qu’ils ont fait l’objet d’efforts
soutenus et d’interventions plus nombreuses visant leur réduction
comparativement à d’autres types de pesticides (fongicides,
insecticides, etc.). Malgré le fait que les données
de Statistique Canada indiquent que, pour la période de 1996
à 2001, les superficies des cultures traitées (toutes
cultures confondues) avec des herbicides ont augmentées de
33 p. 100 indiquant une expansion de leur usage sur le
territoire, il a été établi que l’indice
de pression des herbicides pour les cultures ciblées (céréales,
maïs, soya, pomme et pomme de terre) est passé de 2,11 kg
de matières actives par hectare en 1997 à 1,46 en
1999, soit une diminution de 30,8 p. 100, dont une part
significative peut sans doute être attribuée à
la Stratégie phytosanitaire. Concernant ce résultat,
il est aussi intéressant de mentionner que les ventes d’herbicides
ont diminué de plus de 448 000 kg d’ingrédients
actifs, alors que les superficies de cultures ciblées ont
augmenté de plus de 45 000 ha pour la même
période.
Vu la progression des superficies en lutte intégrée
et les efforts soutenus découlant du Programme environnemental
de soutien à la Stratégie phytosanitaire, cette progression
devrait se poursuivre en 2000, 2001 et 2002. Cependant, divers facteurs
influencent l’emploi des pesticides et le suivi environnemental
effectué par le MENV indique que des herbicides sont encore
régulièrement détectés dans les cours
d’eau échantillonnés. Cette situation illustre
le défi que représente la réduction de l’usage
des pesticides agricoles, un enjeu qui demeure actuel et préoccupant.
Bref, on a vu se multiplier des gestes concrets en faveur de la
lutte intégrée et de la réduction des pesticides.
Ainsi, un bon nombre de producteurs, notamment les membres des clubs-conseils
en agroenvironnement, se sont appropriés divers moyens mis
à leur disposition pour combattre les ennemis des cultures.
Diverses techniques ont trouvé leur place en remplacement
ou en complément des pesticides. Le Programme agroenvironnemental
de soutien à la Stratégie phytosanitaire a permis
de faire progresser les bonnes pratiques; cette sensibilisation
à l’égard de l’usage des pesticides devra
se poursuivre afin de réduire le risque qu’ils représentent
pour la santé des humains et des écosystèmes
du Saint-Laurent.

Restaurer la rivière Boyer
Il y a quarante ans, la rivière Boyer abritait une vie aquatique
riche et diversifiée. Les riverains pouvaient s’y baigner
et y pêcher. En outre, l’éperlan arc-en-ciel
venait s’y reproduire près de l’embouchure. Au
cours des années soixante, ce poisson a déserté
progressivement son lieu traditionnel de frai. Aujourd’hui,
force est de constater que plus d’une dizaine d’espèces
de poissons ont disparu de ce cours d’eau. Son petit bassin
versant, où l’on trouve actuellement plus de 275 producteurs
agricoles, a connu des bouleversements qui ont perturbé considérablement
l’équilibre des écosystèmes aquatiques.
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| Photo : Luc Vallières, MAPAQ |
La dégradation marquée du milieu a donc justifié
la mise en œuvre d’un projet pilote d’intervention
environnementale au cours de la phase II du Plan d’action
Saint-Laurent. Des diagnostics agroenvironnementaux détaillés
ont été effectués dans les fermes du bassin
versant. En phase III, le Groupe d’intervention pour la restauration
de la Boyer (GIRB) a favorisé la mobilisation des producteurs
et l’adoption de solutions à apporter aux problèmes.
Près de 110 producteurs agricoles ont eu recours aux services
des clubs-conseils en agroenvironnement; parmi ceux-ci, 96 en sont
membres en règle. En fait, un nombre croissant de producteurs
se sont montrés intéressés à modifier
leurs pratiques agricoles. De plus, 170 entreprises agricoles se
sont dotées d’ouvrages étanches d’entreposage
de fumier ou de lisier. L’adoption de bonnes pratiques à
la ferme (travail du sol, haie brise-vent, conservation d’une
bande de protection riveraine, limitation de l’accès
du bétail aux rives, etc.) est très encourageante,
même s’il reste encore beaucoup d’efforts à
faire sur ce chapitre.

Établir un indicateur de
la contamination des eaux de surface par le phosphore
Le phosphore est un élément essentiel à la
croissance des cultures et qui, en excès dans le sol, dégrade
les eaux de surface. Une meilleure compréhension de sa migration,
dans différents types de sols et de cultures, permet d’améliorer
les pratiques de fertilisation. À cette fin, l’établissement
d’un indicateur des risques de contamination des eaux de surface
par le phosphore, selon les propriétés des sols en
cause, aide à mieux comprendre l’eutrophisation des
cours d’eau associée à l’usage de ce fertilisant.
Le recours à ce nouvel indicateur permettra, en matière
de fertilisation, de formuler des recommandations appropriées
permettant de tenir compte des risques de contamination des eaux
de surface par le phosphore.

Vérifier la conformité
au Règlement sur la réduction de la pollution
d’origine agricole
La conformité de l’entreposage du fumier et du lisier
a été vérifiée par le MENV en vertu
du Règlement sur la réduction de la pollution
d’origine agricole de 1998 à 2002, puis du Règlement
sur les exploitations agricoles. Pour la durée de l’entente
Saint-Laurent Vision 2000, soit de 1998 à 2003, quelque dix
mille inspections et visites ont été effectuées
dans les entreprises agricoles des six régions agricoles
retenues (Chaudière-Appalaches, Montréal-Laval-Lanaudière,
Montérégie [secteurs est et ouest], Centre-du-Québec
et Estrie). Dans ces six régions, plus de trois mille sept
cents ouvrages d’entreposage conformes ont été
construits, ce qui a permis de dépasser largement l’objectif
visé de deux mille. Le MAPAQ a investi dans les six régions
ciblées quelque 146 millions de dollars dans le cadre du
programme Prime-Vert. |