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BULLETIN D'INFORMATION
SAINT-LAURENT VISION 2000

VOLUME 10 – NUMÉRO 7 – DÉCEMBRE 1999
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Le golfe et l'estuaire marin du Saint-Laurent

Une biodiversité de mieux en mieux connue…
et qui ne cesse de nous surprendre !

Le Conseil national de recherche du Canada annonçait récemment la parution de deux monographies, intitulées Guide d'identification du phytoplancton marin de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent et Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent. Les travaux qui ont mené à la publication de ces documents de référence relèvent du domaine d'intervention Biodiversité du Plan d'action Saint-Laurent Vision 2000 (SLV 2000). Par leur apport important à l'identification et à la connaissance des organismes caractéristiques des eaux froides, stratifiées et salées de l'estuaire et du golfe, ces publications constituent des outils majeurs dans l'évaluation de la biodiversité du Saint-Laurent.

Le Saint-Laurent peut être découpé en plusieurs régions, dont les frontières sont dessinées par une combinaison de facteurs : profondeur, salinité, type de sédiments, température hivernale de l'eau, relief sous-marin, etc. Ces facteurs imposent plusieurs contraintes aux organismes animaux et végétaux qui habitent le Saint-Laurent.

Trois groupes d'organismes marins, possédant chacun un mode de vie bien distinct, participent à la composition des écosystèmes marins. Le plancton, constitué d'organismes végétaux et animaux très petits, dérive au gré des courants, en suspension dans la colonne d'eau. Le necton comprend l'ensemble des animaux nageurs qui se déplacent activement, indépendamment des courants. Quant au benthos, il comprend les plantes et les animaux fixés ou mobiles, vivant à proximité du fond, sur celui-ci ou dans les sédiments.

Le phytoplancton marin : des organismes microscopiques… qui jouent un rôle de taille

Le phytoplancton, c'est-à-dire le plancton végétal, joue un rôle important dans les écosystèmes marins. On décèle ces algues microscopiques, à l'œil nu, uniquement lorsqu'elles se multiplient au point d'entraîner la formation de nappes verdâtres ou de marées rouges. Le phytoplancton utilise l'énergie solaire pour fabriquer la matière vivante à partir des sels nutritifs : ce phénomène s'appelle la photosynthèse. En outre, ces algues forment le premier maillon de la chaîne alimentaire, puisqu'elles sont broutées ou filtrées par de très nombreux animaux.

Le Guide d'identification du phytoplancton marin de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent vise à rassembler en un seul document les descriptions et figures des espèces phytoplanctoniques présentes dans les eaux marines du Saint-Laurent. Auparavant, l'identification des algues planctoniques reposait presque entièrement sur un guide taxonomique traitant du phytoplancton de la baie des Chaleurs et sur des ouvrages réalisés à l'étranger, ce qui rendait le travail plus fastidieux.

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Des méthodes de plus en plus raffinées

Chercheuse à l'Institut Maurice-Lamontagne, Mme Lyse Bérard-Therriault a dirigé les travaux de laboratoire qui ont mené à la publication de ce guide d'identification. Elle a utilisé des échantillons recueillis lors de plusieurs sorties en mer effectuées entre 1994 et 1998 ainsi que certains échantillons déjà récoltés ou analysés. Le minutieux travail d'identification, par la microscopie optique et électronique, a débuté en septembre 1994. « Il faut parfois de longues heures de travail pour identifier un organisme. Il arrive même que le raffinement des techniques de microscopie nous permette de déceler des caractéristiques jusqu'alors inconnues sur un organisme, ce qui nous amène à revoir la taxonomie existante », explique Mme Bérard-Therriault. C'est le cas de l'algue Alexandrium excavatum, autrefois nommée Protogonyaulax tamarensis. Cette algue, lorsqu'elle est filtrée par les moules, est responsable d'une intoxication paralysante chez l'humain, ce qui explique qu'on interdise la cueillette des coquillages lorsqu'on la détecte.

Le programme de suivi des algues toxiques est au nombre des travaux scientifiques qui nécessitent l'identification rigoureuse des espèces phytoplanctoniques et qui profitera, par conséquent, de la parution de ce guide. Les travaux portant sur la nutrition des organismes qui s'alimentent du phytoplancton bénéficieront aussi de cet outil précieux.

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Un album de famille impressionnant… mais encore incomplet

Le guide traite de 499 espèces du phytoplancton marin, lesquelles ont été identifiées, mesurées et photographiées. On y trouve 1 200 photographies prises au microscope photonique et électronique ainsi que des références taxonomiques, une brève description des espèces identifiées et leur distribution dans le Saint-Laurent. Les deux plus importants groupes de phytoplancton, soit les diatomées et les dinoflagellés, sont ainsi abondamment illustrés. Un chapitre aborde aussi l'identification de quelques protozoaires, des organismes de très petite taille possédant à la fois des caractéristiques végétales et animales, présents dans les mêmes échantillons.

Pour Mme Bérard-Therriault, il ne fait pas de doute qu'il ne s'agit pas d'un inventaire exhaustif du phytoplancton marin. « En Europe, bien que l'on étudie le phytoplancton des fleuves et des rivières depuis une centaine d'années, les chercheurs découvrent encore de nouvelles espèces. Les eaux du Saint-Laurent marin recèlent encore plusieurs organismes inconnus, surtout parmi les espèces de petite taille dont l'identification est plus difficile, en raison de leur fragilité. » La variabilité observée dans la composition phytoplanctonique tout au long des échantillonnages justifie aussi la poursuite des travaux. « Bien que peu de données permettent d'appuyer cette thèse, les changements climatiques pourraient entraîner l'apparition ou la disparition de nouvelles espèces, une modification dans la dominance de certaines d'entre elles ou l'augmentation de leur aire de distribution », explique Mme Bérard-Therriault, précisant que seules des observations menées sur plusieurs dizaines d'années permettront de constater l'impact des changements climatiques. Finalement, en raison du rejet des eaux de ballast et de la possibilité d'introduction de nouvelles espèces dans nos eaux, il importe de rappeler que le milieu marin est en perpétuelle évolution.

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Les invertébrés marins constituent la majeure partie de la diversité animale dans nos océans

Le groupe des invertébrés marins recèle, lui aussi, une très grande variété d'animaux, qui prennent des formes aussi diversifiées qu'insolites. Les invertébrés marins sont représentés par une vingtaine d'embranchements, dont les éponges, les mollusques bivalves et gastéropodes, les vers annelés (polychètes) et les crustacés, pour ne nommer que ceux-là.

Autre outil de base dans la connaissance de la biodiversité du Saint-Laurent, le Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent constitue un inventaire assez complet de 2 214 espèces, sous-espèces et variétés d'invertébrés métazoaires connus de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent et du fjord du Saguenay. Les espèces recensées sont benthiques, planctoniques, nectoniques ou parasites; les organismes benthiques constituent cependant le groupe le plus diversifié, puisqu'il renferme plus de 80 p. 100 des invertébrés.

Les auteurs de ce catalogue se sont inspirés de deux types de sources, soit les documents bibliographiques (monographies, articles, thèses, mémoires, rapports gouvernementaux ou privés, publiés de 1841 à aujourd'hui) et les collections de recherche. « Notre catalogue rassemble plusieurs données jusqu'alors dispersées, en plus de permettre la diffusion de données encore inédites », explique Mme Luci Bossé, de l'Institut Maurice-Lamontagne, qui a initié et dirigé cette étude et qui est l'une des trois scientifiques qui l'a signée.

Pour chaque espèce, les auteurs fournissent des renseignements sur sa distribution géographique et bathymétrique, décrivent quelques caractéristiques écologiques et listent des références taxonomiques, notamment des guides d'identification qui permettent de déterminer avec précision les noms scientifiques des animaux du golfe.

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Un travail de moine duquel découle une contribution majeure à la taxonomie

De nombreuses années de recherche, de labeur et de rigueur ont été nécessaires tant pour regrouper les mentions dispersées dans la littérature (publiée et inédite) et recenser les spécimens logés dans les collections que pour mettre à jour la nomenclature utilisée dans les documents anciens.

« De plus, l'expertise de plus de soixante taxonomistes de partout dans le monde a été mise à profit pour la validation des renseignements figurant au catalogue. Le caractère évolutif du catalogue est mis en évidence par les commentaires de ces spécialistes qui, par exemple, mettent parfois en doute certaines mentions plus ou moins largement diffusées dans la littérature », poursuit Mme Bossé.

De par son ampleur, tant aux plans de la couverture géographique et taxonomique qu'au plan de la couverture écologique, ce catalogue représente un document sans précédent au Québec, et même dans l'Est du Canada. Il devient un outil indispensable pour tous les taxonomistes, d'abord en les guidant vers les espèces présentes dans nos eaux, ensuite en leur proposant des ouvrages taxonomiques pertinents. Alors que la disparition des espèces survient à un rythme sans précédent à l'échelle planétaire, ce catalogue représente une contribution majeure à la connaissance de la biodiversité de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

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Des collections menacées

Pour M. Pierre Brunel, professeur au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal et coauteur du Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, il apparaît essentiel que l'avenir des collections de recherche utilisées pour la préparation de ce catalogue soit assuré. « En effet, puisque l'immense majorité des espèces d'invertébrés marins sont extrêmement petites, que les espèces rares sont beaucoup plus nombreuses que les espèces abondantes et que nombre d'espèces vivent en grandes profondeurs ou très loin des côtes, il est très difficile et coûteux de s'en procurer à volonté pour les étudier. C'est pourquoi il est très important de conserver les spécimens qu'on capture, le plus souvent sans les avoir cherchés », explique M. Brunel. Conserver les organismes, dans ce cas, signifie les mettre dans un liquide comme le formaldéhyde ou l'alcool, les étiqueter soigneusement, les classer dans une collection de recherche et les mettre à la disposition des spécialistes.

« Traditionnellement, de telles collections ont été conservées dans les musées d'histoire naturelle. Or, le Québec est la seule province canadienne qui soit dépourvue d'un musée d'État à mandat de recherche sur les collections de sciences naturelles. Les trois principales collections marines actuellement disponibles, soit celle du Musée canadien de la nature, celle de l'Institut Maurice-Lamontagne ainsi que ma collection personnelle, se doivent d'être maintenues, afin de permettre à quiconque de valider ou de corriger les données du Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent », conclut M. Brunel. En outre, ces collections deviennent des témoins du passé, permettant de constater les changements qui surviennent dans les écosystèmes.

Pour information :

Lyse Bérard-Therriault
Institut Maurice-Lamontagne
Téléphone : (418) 772-9385 ou (418) 775-0819
Télécopieur : (418) 775-0542

Luci Bossé
Institut Maurice-Lamontagne
Téléphone : (418) 775-0669
Télécopieur : (418) 775-0542
Courriel : bossel@dfo-mpo.gc.ca

Pierre Brunel
Université de Montréal, Département de sciences biologiques
Téléphone : (514) 737-5124
Télécopieur : (514) 343-2293

Sources :

BÉRARD-THERRIAULT, L., M. POULIN et L. BOSSÉ 1999. Guide d'identification du phytoplancton marin de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent incluant certains protozoaires. Publ. spéc. can. sci. halieut. aquat. 128, 387 p.

Pour consulter la table des matières ainsi que l'introduction de ce document :

http://www.nrc.ca/cisti/journals/rp2_home_f.html

BRUNEL, P., L. BOSSÉ et G. LAMARCHE 1998. Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, Publ. spéc. can. sci. halieut. aquat. 126, 405 p.

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