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Le golfe et l'estuaire marin du Saint-Laurent
Une biodiversité de mieux en mieux connue
et qui ne cesse de nous surprendre !
Le
Conseil national de recherche du Canada annonçait récemment
la parution de deux monographies, intitulées Guide d'identification
du phytoplancton marin de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent
et Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe
du Saint-Laurent. Les travaux qui ont mené à la publication
de ces documents de référence relèvent du domaine d'intervention
Biodiversité du Plan d'action Saint-Laurent Vision 2000 (SLV
2000). Par leur apport important à l'identification et à la
connaissance des organismes caractéristiques des eaux froides,
stratifiées et salées de l'estuaire et du golfe, ces publications
constituent des outils majeurs dans l'évaluation de la biodiversité
du Saint-Laurent.
Le
Saint-Laurent peut être découpé en plusieurs régions, dont les
frontières sont dessinées par une combinaison de facteurs :
profondeur, salinité, type de sédiments, température hivernale
de l'eau, relief sous-marin, etc. Ces facteurs imposent plusieurs
contraintes aux organismes animaux et végétaux qui habitent
le Saint-Laurent.
Trois
groupes d'organismes marins, possédant chacun un mode de vie
bien distinct, participent à la composition des écosystèmes
marins. Le plancton, constitué d'organismes végétaux
et animaux très petits, dérive au gré des courants, en suspension
dans la colonne d'eau. Le necton comprend l'ensemble
des animaux nageurs qui se déplacent activement, indépendamment
des courants. Quant au benthos, il comprend les plantes
et les animaux fixés ou mobiles, vivant à proximité du fond,
sur celui-ci ou dans les sédiments.
Le
phytoplancton marin
: des organismes microscopiques
qui jouent un rôle de taille
Le phytoplancton,
c'est-à-dire le plancton végétal, joue un rôle important dans
les écosystèmes marins. On décèle ces algues microscopiques,
à l'il nu, uniquement lorsqu'elles se multiplient au point
d'entraîner la formation de nappes verdâtres ou de marées rouges.
Le phytoplancton utilise l'énergie solaire pour fabriquer la
matière vivante à partir des sels nutritifs : ce phénomène
s'appelle la photosynthèse. En outre, ces algues forment le
premier maillon de la chaîne alimentaire, puisqu'elles sont
broutées ou filtrées par de très nombreux animaux.
Le Guide
d'identification du phytoplancton marin de l'estuaire et du
golfe du Saint-Laurent vise à rassembler en un seul document
les descriptions et figures des espèces phytoplanctoniques présentes
dans les eaux marines du Saint-Laurent. Auparavant, l'identification
des algues planctoniques reposait presque entièrement sur un
guide taxonomique traitant du phytoplancton de la baie des Chaleurs
et sur des ouvrages réalisés à l'étranger, ce qui rendait le
travail plus fastidieux.

Des
méthodes de plus en plus raffinées
Chercheuse
à l'Institut Maurice-Lamontagne, Mme Lyse Bérard-Therriault
a dirigé les travaux de laboratoire qui ont mené à la publication
de ce guide d'identification. Elle a utilisé des échantillons
recueillis lors de plusieurs sorties en mer effectuées entre
1994 et 1998 ainsi que certains échantillons déjà récoltés ou
analysés. Le minutieux travail d'identification, par la microscopie
optique et électronique, a débuté en septembre 1994. « Il
faut parfois de longues heures de travail pour identifier un
organisme. Il arrive même que le raffinement des techniques
de microscopie nous permette de déceler des caractéristiques
jusqu'alors inconnues sur un organisme, ce qui nous amène à
revoir la taxonomie existante », explique Mme Bérard-Therriault.
C'est le cas de l'algue Alexandrium excavatum, autrefois
nommée Protogonyaulax tamarensis. Cette algue, lorsqu'elle
est filtrée par les moules, est responsable d'une intoxication
paralysante chez l'humain, ce qui explique qu'on interdise la
cueillette des coquillages lorsqu'on la détecte.
Le programme
de suivi des algues toxiques est au nombre des travaux scientifiques
qui nécessitent l'identification rigoureuse des espèces phytoplanctoniques
et qui profitera, par conséquent, de la parution de ce guide.
Les travaux portant sur la nutrition des organismes qui s'alimentent
du phytoplancton bénéficieront aussi de cet outil précieux.

Un album
de famille impressionnant
mais encore incomplet
Le guide
traite de 499 espèces du phytoplancton marin, lesquelles
ont été identifiées, mesurées et photographiées. On y trouve
1 200 photographies prises au microscope photonique
et électronique ainsi que des références taxonomiques, une brève
description des espèces identifiées et leur distribution dans
le Saint-Laurent. Les deux plus importants groupes de phytoplancton,
soit les diatomées et les dinoflagellés, sont ainsi abondamment
illustrés. Un chapitre aborde aussi l'identification de quelques
protozoaires, des organismes de très petite taille possédant
à la fois des caractéristiques végétales et animales, présents
dans les mêmes échantillons.
Pour
Mme Bérard-Therriault, il ne fait pas de doute qu'il ne s'agit
pas d'un inventaire exhaustif du phytoplancton marin. « En
Europe, bien que l'on étudie le phytoplancton des fleuves et
des rivières depuis une centaine d'années, les chercheurs découvrent
encore de nouvelles espèces. Les eaux du Saint-Laurent marin
recèlent encore plusieurs organismes inconnus, surtout parmi
les espèces de petite taille dont l'identification est plus
difficile, en raison de leur fragilité. » La variabilité
observée dans la composition phytoplanctonique tout au long
des échantillonnages justifie aussi la poursuite des travaux.
« Bien que peu de données permettent d'appuyer cette thèse,
les changements climatiques pourraient entraîner l'apparition
ou la disparition de nouvelles espèces, une modification dans
la dominance de certaines d'entre elles ou l'augmentation de
leur aire de distribution », explique Mme Bérard-Therriault,
précisant que seules des observations menées sur plusieurs dizaines
d'années permettront de constater l'impact des changements climatiques.
Finalement, en raison du rejet des eaux de ballast et de la
possibilité d'introduction de nouvelles espèces dans nos eaux,
il importe de rappeler que le milieu marin est en perpétuelle
évolution.

Les
invertébrés marins
constituent la majeure partie de la diversité animale dans nos
océans
Le groupe
des invertébrés marins recèle, lui aussi, une très grande variété
d'animaux, qui prennent des formes aussi diversifiées qu'insolites.
Les invertébrés marins sont représentés par une vingtaine d'embranchements,
dont les éponges, les mollusques bivalves et gastéropodes, les
vers annelés (polychètes) et les crustacés, pour ne nommer que
ceux-là.
Autre
outil de base dans la connaissance de la biodiversité du Saint-Laurent,
le Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe
du Saint-Laurent constitue un inventaire assez complet de
2 214 espèces, sous-espèces et variétés d'invertébrés
métazoaires connus de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent
et du fjord du Saguenay. Les espèces recensées sont benthiques,
planctoniques, nectoniques ou parasites; les organismes benthiques
constituent cependant le groupe le plus diversifié, puisqu'il
renferme plus de 80 p. 100 des invertébrés.
Les
auteurs de ce catalogue se sont inspirés de deux types de sources,
soit les documents bibliographiques (monographies, articles,
thèses, mémoires, rapports gouvernementaux ou privés, publiés
de 1841 à aujourd'hui) et les collections de recherche. « Notre
catalogue rassemble plusieurs données jusqu'alors dispersées,
en plus de permettre la diffusion de données encore inédites »,
explique Mme Luci Bossé, de l'Institut Maurice-Lamontagne,
qui a initié et dirigé cette étude et qui est l'une des trois
scientifiques qui l'a signée.
Pour
chaque espèce, les auteurs fournissent des renseignements sur
sa distribution géographique et bathymétrique, décrivent quelques
caractéristiques écologiques et listent des références taxonomiques,
notamment des guides d'identification qui permettent de déterminer
avec précision les noms scientifiques des animaux du golfe.

Un travail
de moine duquel découle une contribution majeure à la taxonomie
De nombreuses
années de recherche, de labeur et de rigueur ont été nécessaires
tant pour regrouper les mentions dispersées dans la littérature
(publiée et inédite) et recenser les spécimens logés dans les
collections que pour mettre à jour la nomenclature utilisée
dans les documents anciens.
« De
plus, l'expertise de plus de soixante taxonomistes de partout
dans le monde a été mise à profit pour la validation des renseignements
figurant au catalogue. Le caractère évolutif du catalogue est
mis en évidence par les commentaires de ces spécialistes qui,
par exemple, mettent parfois en doute certaines mentions plus
ou moins largement diffusées dans la littérature », poursuit
Mme Bossé.
De par
son ampleur, tant aux plans de la couverture géographique et
taxonomique qu'au plan de la couverture écologique, ce catalogue
représente un document sans précédent au Québec, et même dans
l'Est du Canada. Il devient un outil indispensable pour tous
les taxonomistes, d'abord en les guidant vers les espèces présentes
dans nos eaux, ensuite en leur proposant des ouvrages taxonomiques
pertinents. Alors que la disparition des espèces survient à
un rythme sans précédent à l'échelle planétaire, ce catalogue
représente une contribution majeure à la connaissance de la
biodiversité de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent.

Des
collections menacées
Pour
M. Pierre Brunel, professeur au Département de sciences biologiques
de l'Université de Montréal et coauteur du Catalogue des
invertébrés marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent,
il apparaît essentiel que l'avenir des collections de recherche
utilisées pour la préparation de ce catalogue soit assuré. « En
effet, puisque l'immense majorité des espèces d'invertébrés
marins sont extrêmement petites, que les espèces rares sont
beaucoup plus nombreuses que les espèces abondantes et que nombre
d'espèces vivent en grandes profondeurs ou très loin des côtes,
il est très difficile et coûteux de s'en procurer à volonté
pour les étudier. C'est pourquoi il est très important de conserver
les spécimens qu'on capture, le plus souvent sans les avoir
cherchés », explique M. Brunel. Conserver les organismes,
dans ce cas, signifie les mettre dans un liquide comme le formaldéhyde
ou l'alcool, les étiqueter soigneusement, les classer dans une
collection de recherche et les mettre à la disposition des spécialistes.
« Traditionnellement,
de telles collections ont été conservées dans les musées d'histoire
naturelle. Or, le Québec est la seule province canadienne qui
soit dépourvue d'un musée d'État à mandat de recherche sur les
collections de sciences naturelles. Les trois principales collections
marines actuellement disponibles, soit celle du Musée canadien
de la nature, celle de l'Institut Maurice-Lamontagne ainsi que
ma collection personnelle, se doivent d'être maintenues, afin
de permettre à quiconque de valider ou de corriger les données
du Catalogue des invertébrés marins de l'estuaire et du golfe
du Saint-Laurent », conclut M. Brunel.
En outre, ces collections deviennent des témoins du passé, permettant
de constater les changements qui surviennent dans les écosystèmes.
Pour
information :
Lyse
Bérard-Therriault
Institut Maurice-Lamontagne
Téléphone : (418) 772-9385 ou (418) 775-0819
Télécopieur : (418) 775-0542
Luci
Bossé
Institut Maurice-Lamontagne
Téléphone : (418) 775-0669
Télécopieur : (418) 775-0542
Courriel : bossel@dfo-mpo.gc.ca
Pierre
Brunel
Université de Montréal, Département de sciences biologiques
Téléphone : (514) 737-5124
Télécopieur : (514) 343-2293
Sources :
BÉRARD-THERRIAULT,
L., M. POULIN et L. BOSSÉ 1999. Guide d'identification du
phytoplancton marin de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent
incluant certains protozoaires. Publ. spéc. can. sci.
halieut. aquat. 128, 387 p.
Pour
consulter la table des matières ainsi que l'introduction de
ce document :
http://www.nrc.ca/cisti/journals/rp2_home_f.html
BRUNEL,
P., L. BOSSÉ et G. LAMARCHE 1998. Catalogue des invertébrés
marins de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, Publ.
spéc. can. sci. halieut. aquat. 126, 405 p.
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